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LE REPOS DES GUERRIERS

Temps de lecture : 6 minutes

LE REPOS DES GUERRIERS

BY SERGE TRÉFEU (2026)

Le sommeil constitue le principal levier de récupération musculaire après un entraînement intensif, notamment en Muay-Thaï. Les guerriers des rings ont ainsi besoin d’un repos conséquent…

Bien que l’accent soit souvent mis sur l’effort physique et l’apport protéique, le sommeil reste fréquemment négligé. Pourtant, il s’avère essentiel à la régénération musculaire et au métabolisme cardiovasculaire.

C’est au cours du sommeil profond que le corps sécrète l’hormone de croissance, indispensable à la réparation des os, de la peau et des tissus lésés par l’effort. Ce pic de sécrétion survient principalement entre 23 h et 1 h 30.

Par conséquent, se coucher après 23 heures risque de priver l’organisme du temps nécessaire pour atteindre le sommeil profond, réduisant ainsi la sécrétion d’hormone de croissance et freinant la récupération musculaire.

C’est également durant la nuit que s’opère la synthèse protéique. Ce processus permet à l’organisme d’exploiter les acides aminés issus de l’alimentation (viande, produits laitiers, œufs ou lactosérum) pour réparer les tissus lésés par l’effort et développer une masse musculaire plus solide.

Lors d’un entraînement, les muscles subissent de micro-lésions. Le processus de reconstruction s’amorce uniquement au repos, et principalement au cours du sommeil profond, la nuit agit alors comme une véritable usine de réparation musculaire.

Pendant que nous dormons, l’organisme réduit sa dépense énergétique globale pour réorienter ses ressources vers la régénération. Les hormones anaboliques, favorables au développement musculaire, sont alors sécrétées en abondance pour réparer, renforcer et développer les tissus lésés.

Ainsi, même avec un apport protéique optimal, un manque de sommeil empêche l’utilisation efficace des acides aminés ingérés pour la construction musculaire et ces derniers risquent alors d’être convertis en énergie ou stockés sous forme de graisses…

Le sommeil profond permet également d’abaisser le taux de cortisol (l’hormone du stress) et de basculer l’organisme en mode régénération. Un sommeil de qualité limite ainsi le catabolisme musculaire et accélère la récupération.

Sur le plan cognitif, le cerveau profite du sommeil paradoxal pour consolider la mémoire motrice, assimiler les enchaînements techniques et ancrer les stratégies de combat répétées dans la journée.

Enfin, les boxeurs qui bénéficient d’un repos suffisant renforcent leur système immunitaire, réduisent les risques de blessures chroniques et récupèrent plus rapidement, ce qui leur garantit une performance optimale dès l’entraînement suivant.

Le manque de sommeil expose directement les athlètes aux blessures car dormir moins de six heures par nuit multiplie ce risque par 1,7. Il provoque également un ralentissement de la prise de décision et peut faire chuter la précision des mouvements de 50 %.

Pour maintenir d’excellentes performances, un sportif devrait viser entre 7 et 9 heures de sommeil par nuit, dont au moins deux heures de sommeil profond.

Le repos nocturne est donc un pilier fondamental pour les boxeurs de Muay Thaï, tant pour la récupération musculaire que pour la préparation mentale et physique avant un combat.

C’est pourquoi, dans les camps de boxe en Thaïlande, les boxeurs sont vivement encouragés à maintenir des horaires de coucher et de lever réguliers afin de préserver leur rythme circadien (horloge interne de 24 heures de notre corps qui contrôle le sommeil, l’énergie et la température).

Ils intègrent également de courtes périodes de repos ou des siestes quotidiennes pour recharger leurs batteries après la séance matinale. La sieste active le système nerveux parasympathique (le mode « repos et assimilation »), permettant à l’organisme de retrouver son équilibre, le rythme cardiaque ralentit, la pression artérielle baisse, les muscles se relâchent et les réserves énergétiques se reconstituent. En libérant ainsi les tensions physiques, la sieste agit comme une véritable réinitialisation, offrant une déconnexion totale pour repartir plus fort.

En général, les boxeurs font une sieste entre 13 h et 16 h. Ce créneau coïncide avec le creux de vigilance naturel de l’après-midi, tout en restant suffisamment éloigné du coucher pour ne pas altérer le sommeil nocturne.

Si une sieste de 1 h à 1 h 30 est idéale pour récupérer de l’entraînement du matin, un simple somme de 25 minutes avant la séance suivante peut s’avérer plus bénéfique pour la performance qu’un repos de plus de deux heures.

Au camp Romsritong Gym, situé dans la ville de Samut Sakhon, à une trentaine de kilomètres de Bangkok, des hamacs étaient installés aux abords de la salle pour permettre aux boxeurs de faire leur sieste quotidienne l’après-midi

Le repos consécutif à un programme d’entraînement exténuant s’avère donc primordial.

Dans les camps, la quasi-totalité des boxeurs s’accorde simultanément une sieste réparatrice, que ce soit dans leur chambre, à même le ring ou sur les tapis. L’atmosphère de ces moments de répit est unique, c’est un mélange de ronflements et d’émanations de Namman Muay, l’huile chauffante emblématique qui flotte dans l’air du camp.

L’entraînement principal s’articule autour de deux sessions : tôt le matin (de 5 h 30 à 9 h) et en fin d’après-midi (de 16 h à 19 h). Le créneau de 11 h à 16 h constitue donc le moment idéal pour déjeuner, faire la sieste et récupérer.

Il faut également prendre en compte les conditions d’hébergement, qui varient considérablement d’un camp à l’autre en Thaïlande. On distingue deux réalités bien différentes, les dortoirs rustiques des petits camps traditionnels en zone rurale, et les infrastructures modernes adaptées aux boxeurs occidentaux ou aux grands champions.

Intérieur d’une chambre au Rachanon Gym, le décor reste très simple, personnalisé par quelques posters de footballeurs, sous le regard du portrait vénéré du roi Bhumibol
Au BCK Gym (Chachoengsao, région centre), refait à neuf, des chambres impeccables et modernes, mais au confort délibérément rudimentaire, réduites à de simples matelas au sol
Implanté à Thungsong (Région Sud), le camp Petsimuu Gym met à disposition de ses combattants des hébergements individuels sous forme de bungalows en bambou

Dans les camps traditionnels et ruraux, la simplicité et la promiscuité prédominent. Les boxeurs partagent généralement une même grande pièce où le confort reste minimal. Au mieux, des lits superposés avec ventilateur, un climatiseur collectif et quelques casiers. Au pire, dans les structures les plus modestes, de simples matelas fins posés à même le sol sous une moustiquaire. Les blocs sanitaires, toujours communs, se situent quant à eux à l’extérieur.

Les chambres rudimentaires du Chowachala Gym, situé dans la campagne de Buriram (Nord-Est)
Les chambres du Por Chadechai Gym, situé à Surin dans le Nord-Est, disposent du strict minimum
Les chambres de l’ancien camp Tedeed 99 étaient plus que sommaires. Aujourd’hui, la nouvelle structure offre un tout autre confort en proposant des chambres équipées de la climatisation
Les chambres modestes du Kietphatharaphan Gym, à Ubon (Nord-Est)
Au camp Sakburiram, situé dans le Nord-Est du pays, les boxeurs dorment à même le couloir de la maison du propriétaire
Au Tanasuranakorn Gym (Korat, Nord-Est), la promiscuité est telle que chaque matin, les boxeurs doivent redresser et plaquer leur matelas contre le mur pour libérer l’espace
Le camp Sit O Gym (Buriram), l’une des structures les plus spartiates du Nord-Est

Dans les camps les plus spartiates, le ring sert lui-même de dortoir, les boxeurs y posent leur matelas sous une moustiquaire, quand d’autres installent des couchettes de fortune directement sous la plate-forme.

Au Chinnarach Muay Thai Gym (Koh Phangan), la rusticité est totale, certains boxeurs dorment sur le ring
Au Sit Jaaboon Gym, à Trang dans le Sud, ces petites huttes servaient de chambre aux boxeurs. Sans eau ni électricité, elles n’offraient pour tout confort qu’un simple paillasson en osier en guise de matelas

Lieu de vie central, le dortoir des camps de boxe thaïlandais est un espace de rencontres et d’amusement où les boxeurs passent de longues heures. On s’y repose, on s’y taquine et l’on s’y détend… mais la promiscuité y est telle que des tensions peuvent surgir, débouchant parfois sur de véritables bagarres.

Dans la banlieue de Bangkok, au sein du quartier de Bang Yai, les boxeurs du Phuwanna Gym dorment quasiment les uns sur les autres, comme en témoignent les clichés du photographe Kristian Dowling
Visite des dortoirs du camp de boxe « Ayothaya Fight Gym » situé dans la région d’Ayutthaya

À l’opposé, les camps situés dans les zones touristiques bénéficient souvent de budgets plus importants et proposent des hébergements aux standards hôteliers. Les pratiquants y trouvent des bungalows individuels en bambou intégrés dans la nature, mais aussi de véritables chambres privées avec climatisation, salle de bain individuelle et grand lit, souvent situées à deux pas des espaces d’entraînement.

Perdu au cœur de la campagne de Chiang Mai, le camp de la légende Buakaw Banchamek privilégie un cadre verdoyant, les combattants y logent dans de petits bungalows écologiques intégrés à la nature
Dans le sud du pays, à Krabi, le célèbre Khunsuek Muay Thai Gym se distingue par des dortoirs luxueux qui tranchent radicalement avec la rusticité traditionnelle
Au Tiger Gym (Phuket), l’un des plus grands camps du pays, des chambres haut de gamme au confort digne d’un hôtel 4 étoiles

Par ailleurs, il faut tenir compte du fait que les camps de Muay Thaï actuels accueillent de plus en plus de combattantes, ce qui n’était pas le cas dans les années 1980, 1990 et 2000. À cette époque, très peu de femmes pratiquaient le Muay Thaï de façon professionnelle en Thaïlande. Il leur était très difficile de séjourner longuement dans un camp d’entraînement, et plus particulièrement de loger dans des dortoirs majoritairement masculins.

C’est pourquoi certains propriétaires avaient créé des structures entièrement dédiées aux femmes, à l’image du camp Phet Ton Phueng Gym, situé à Mae Rim (région de Chiang Mai). Ce dernier regroupait une trentaine de boxeuses, ce qui était exceptionnel pour les années 2000-2010. Plus tard, le Por Muang Phet Gym, situé à Nong Chok (région de Phetchaburi), a suivi la même démarche avec une équipe 100 % féminine dont sont issues de nombreuses grandes championnes.

Les grands camps de boxe avaient déjà senti le potentiel colossal des combattantes, à l’image du célèbre Fairtex Gym, qui a intégré des femmes dans ses rangs et formé des figures emblématiques comme la star Stamp Fairtex ou la grande championne Wondergirl Jaroonsak.

Aujourd’hui, la majorité des camps thaïlandais accueillant une clientèle internationale proposent des infrastructures mixtes où les femmes peuvent loger sans aucune difficulté. En revanche, dans les petites structures provinciales, plus traditionnelles et locales, la question de l’hébergement des boxeuses demeure parfois problématique…

Les boxeuses du Phet Ton Phueng Gym n’éprouvaient aucun problème d’hébergement, le camp étant exclusivement réservé aux femmes
Si les combattantes du Por Muang Phet Gym logent dans des chambres particulièrement sommaires, le propriétaire du camp a néanmoins fait bâtir de petits bungalows pour pouvoir accueillir la clientèle étrangère

Le jour du combat, la sieste est tout aussi cruciale. Elle permet d’apaiser les muscles comme l’esprit avant une épreuve particulièrement exigeante sur les plans physique et mental. La grande majorité des combattants en font d’ailleurs une étape clé de leur préparation. En témoigne le rituel de ces grands champions de Muay Thaï, pour qui ce temps de repos avant de monter sur le ring est sacralisé :

Anissa Meksen (Championne du monde) « Avant le fight, je suis généralement un peu seule pour pouvoir me reposer ou je suis avec mon coach une partie de la journée. Je fais une sieste d’environ une heure l’après midi… »

Dylan Salvador (Champion du monde) « Ma journée, je la gère avec un lever assez tôt, un footing d’éveil sans forcer, de bons étirements. Un déjeuner complet en continuant mon régime alimentaire. Puis une sieste et c’est l’heure d’aller au vestiaire du gala.

Avant le combat, je fais ma petite sieste avec un épisode de Dragon Ball, il n’y a rien de plus stimulant. La durée de la sieste dépend de combien de temps nous avons devant nous… »

Youssef Boughanem (Champion du monde, champion du Lumpinee, champion du Radja, champion Omnoi) « C’est un jour normal pour moi et en même temps j’ai conscience qu’il y aura un moment important.

Je me repose et j’économise mon énergie.

Je ne suis pas très téléphone avant les combats. Je suis toujours prêt mentalement car je suis prévenu longtemps à l’avance du rendez vous.

Je suis du genre à regarder la télé en étant allongé tranquillement. Je fais plusieurs siestes de 20 minutes dans mon lit… »

Rafi Bohic (Champion du monde, champion du Lumpinee) « La pesée terminée, j’ai le sourire jusqu’aux oreilles, enfin presque car j’ai très soif mais je dois d’abord manger un maximum avant de me faire plaisir sur le jus de fruit. Ensuite, c’est un seau de glaçons dans l’eau pour un massage tonique. Je mange de nouveau, puis une sieste, et je mange encore léger quelques trucs sucrés… »

Abdellah Mabel (Champion du monde) « Le matin, un bon petit déjeuner, bien copieux, ensuite une petite marche, je regarde la télé, j’écoute de la musique, je me repose. A 12/13 H, je mange légèrement puis encore une bonne marche, une lecture religieuse et je file à la sieste jusqu’au départ aux alentours de 18 H au gala. En général, je fais une sieste de 2H30 maximum… »

Azize Hlali (Champion d’Europe) « Pour le jour J, je me lève de bonheur afin de prendre un bon petit déjeuner et je fais une marche d’une quinzaine de minutes avant de remonter dans ma chambre pour faire la sieste jusqu’au déjeuner.

Une fois le repas de midi passé, rebelote, je vais marcher, me balader, découvrir la ville si je n’y ai jamais mis les pieds et je finis par rentrer dans ma chambre pour une dernière sieste avant de décoller au lieu convenu pour la rencontre… »

Jimmy Vienot (Champion du monde, champion du Lumpinee) « Le jour J, j’aime bien être un peu isolé, je suis un peu dans ma bulle. Mais s’il y a un peu de monde avec moi cela ne me dérange pas non plus. Le matin, je fais une petit marche dans le quartier où je suis, une ballade pour me détendre. Après, l’après midi, je reste dans mon hôtel. En général, je fais une sieste de deux heures, dans le noir, je ne regarde pas la télévision… »

Farid Villaume (Champion du monde) « Le jour J, je mangeais bien et je m’hydratais tout le long de la journée. Mon repas était composé de poulet, de riz et des fruits.

Pendant la journée du fight, je restais à la maison en regardant un petit film tranquille et je faisais une petite sieste d’une heure… »