NUNGPICHIT SITYODTHONG « THE STORM KICK »

NUNGPICHIT SITYODTHONG
« THE STORM KICK »
By Serge Tréfeu
Nungpichit Sityodthong, né Naraphan Tiannok le 13 avril 1975, a vu le jour dans le village de Ban Phaeo, au cœur de la province de Samut Sakhon (30 Km de Bangkok). Surnommé affectueusement « Nung » (Numéro Un), il allait devenir l’un des piliers du circuit de l’illustre promoteur Songchai Ratanasuban.
À son apogée dans les années 90, Nungpichit s’est imposé comme une figure emblématique de la boxe, croisant le fer avec les plus grands champions de son époque.
Avant de connaître la gloire des rings, le jeune Naraphan façonnait son endurance dans l’échoppe familiale, aidant ses parents à confectionner les nouilles artisanales qui faisaient la réputation des Tiannok à Ban Phaeo.
Animé par une passion dévorante pour le Muay Thai, le père de Naraphan décela très tôt chez son fils les prédispositions nécessaires à cet art martial. Dès l’âge de 11 ans, il endossa le rôle de premier mentor, façonnant le jeune garçon au sac de frappe pendant deux mois de préparation intensive. C’est sous le nom de « Nung Sor Samut », baptisé d’après le modeste camp que son père avait fondé à proximité de leur foyer, qu’il fit ses premiers pas sur le ring lors d’un gala provincial. Ce baptême du feu se solda par une défaite aux points pour une bourse symbolique de 200 bahts.
Ironie du sort, son adversaire, Phleng Phayakaroon, était un protégé du légendaire Maître Yodthong, l’illustre fondateur du Sityodtong Gym de Pattaya. Le camp dans lequel Nung fera plus tard toute sa carrière.
Loin d’être ébranlé par cette première défaite, Nung, sous les couleurs du Sor Samut, écuma les rings des provinces du Centre et de l’Ouest, affinant sa technique au fil des joutes jusqu’à atteindre un excellent niveau.
Devant une telle progression, son père, en admiration devant le célèbre Kru Tui (Maitre Yodthong Senanan), décida de lui confier la destinée de son fils. C’est ainsi que Naraphan devint Nungpichit Sityodthong. S’il rejoignit l’élite à Pattaya, il n’oublia jamais ses racines, retournant parfois s’entraîner au Sor Samut, le camp paternel.
Sous l’égide de Maître Yodthong, il forgea ses légendaires coups de pied, apprenant l’art de briser le rythme de ses adversaires pour mieux les dominer.
Son changement de nom fut également l’œuvre de Maître Yodthong. Estimant que le sobriquet « Nung » manquait d’envergure, il proposa d’y ajouter « Pichit », signifiant la victoire. Cette association donne au nom Nungpichit le sens de « Victoire collective », illustrant l’harmonie et l’unité nécessaire au succès. Ce nom accompagnera le champion jusqu’à ses derniers combats.
À cette époque, intégrer le Sityodtong Gym revenait à entrer dans l’élite. Maître Yodthong y dirigeait une véritable « usine à champions », ayant déjà élevé Samart et Kongtoranee Payakaroon au rang d’icônes, ainsi que les grands champions Daotong, Wangkeaw, Sornsil, et Supernoi.
Nungpichit s’est épanoui en s’entraînant quotidiennement avec les futurs grands noms du pays comme Chatchai, Petdam, Dejpitak, Yodsaenchai, Yoddecha, Yodsanan et bien d’autres qui ont tous été formé par Maitre Yodthong.
L’héritage de Maître Yodthong demeure inégalé avec une cinquantaine de titres majeurs à son actif, il a marqué l’histoire du Muay Thaï d’une pierre blanche. Son camp fut le symbole d’une ère de domination technique et de prestige sans précédent en Thaïlande.
Fort d’une technique désormais parfaitement affûtée, Nungpichit était prêt à se mesurer à la capitale. Son mentor lui offrit alors l’opportunité de briller au Stadium du Lumpinee de Bangkok face à Prathapthong Kiatirat, sous la bannière prestigieuse du promoteur Songchai Ratanasuban.
Ce premier triomphe fut le point de départ de sa renommée nationale. Dès lors, le nom de Nungpichit commença à circuler parmi les amateurs de Muay Thai.
Le 1er juillet 1994, Nungpichit retrouva le redoutable Netnarin Fairtex pour la « belle » de leur trilogie. Malgré une victoire lors de leur précédente revanche, Nungpichit dut s’incliner face à l’expérience de Netnarin, tombeur des plus grands noms du circuit tels que Hippy Singmanee, Saenkeng Sor Weerakul, et Dokmaifai Tor Sitthichai.
Mais c’est le 2 décembre 1994 que Nungpichit signa son plus grand chef-d’œuvre au Stadium du Lumpinee.
Opposé au puissant puncheur Silachai Wor Preecha (Somjit Jongjohor) qui fut ensuite en boxe anglaise « médaille d’or aux Jeux Olympique » en 2008 et champion du monde amateur en 2003, il n’était pourtant pas donné favori. Silachai, véritable machine de guerre, malmena Nungpichit par la précision chirurgicale de ses poings. Nungpichit déploya alors toute sa science des jambes pour contenir l’assaut.
Au quatrième round, l’incroyable se produisit avec une série de coups de pied hauts, d’une précision millimétrée, percuta la pomme d’Adam de Silachai. Suffoqué, incapable de reprendre son souffle, le puncheur s’écroula, terrassé par le génie technique de Nungpichit !
Cette victoire foudroyante sur Silachai fit la renommée de Nungpichit. Les fans de Muay Thai lui attribuèrent le surnom de « Jomtip Salatan » (Le Coup de Pied Tempête). Admiratifs devant la précision chirurgicale de ses attaques en jambes, ils le baptisèrent également « Jomtip Saiyokman » (Le coup de pied tueur de Démons).
Trois semaines après son triomphe mémorable contre Silachai, Nungpichit retrouvait l’arène du Lumpinee le vendredi 23 décembre 1994. Face à lui se dressait une autre pointure, Rattanachai Wor Walaphol (champion du Lumpinee, vainqueur du tournoi Mitsubishi). Ce fut un match difficile pour Nungpichit. Malmené, à la limite de la rupture, il frôla le KO sous les assauts répétés de son adversaire. Au terme d’un affrontement intense, il s’inclina finalement aux points…
1995 restera sans nul doute l’année la plus faste pour le « Coup de Pied Tempête ».
Le vendredi 3 février, Nungpichit livra une belle prestation au Lumpinee face à Saenkeng Sor Weerakul (Champion du Lumpinee en 108 lbs).
Après une entame de match hésitante, il sut reprendre l’ascendant en déchaînant ses segments avec une rapidité phénoménale, acculant Saenkeng jusqu’à la décision finale en sa faveur. Cette victoire éclatante appela naturellement une revanche.
Quelques semaines plus tard, dans la même arène, les deux hommes se retrouvèrent pour un second acte tout aussi excitant, au terme duquel Saenkeng parvint à prendre sa revanche aux points après un bel affrontement…
Le vendredi 24 mars 1995, Nungpichit retrouvait pour la troisième fois celui que l’on surnommait « Thep Djao Dam Haeng Pranburi » (Le Dieu Noir de Pranburi), le redoutable Nungsiam Fairtex (Champion du Lumpinee en 102 lbs, vainqueur du tournoi Mitsubichi).
Nungpichit confirma sa supériorité psychologique et technique. Pour la troisième fois consécutive, il s’imposa avec brio, asseyant définitivement sa domination sur son rival.
Mais la dure loi du Muay Thai vint assombrir cette belle performance. Quelques temps après, opposé au foudroyant puncheur Chainoi Muangsurin (champion du Lumpinee en 112 lbs), Nungpichit fut cueilli dès la seconde reprise…
Touché dans son orgueil par son KO contre Chainoi, Nungpichit revint sur le ring avec détermination. En signant trois succès consécutifs contre des champions de la trempe de Pairojnoi Sor Siamchai (Champion du Lumpinee en 105 lbs), Khwanna Thor Boonlert (Champion du Radja en 112 lbs) et Phetseenil Sor Ubonrat.
Le mardi 12 septembre, au stadium du Lumpinee, son affrontement contre Chaichana Dechtawee (Tangthong Kiattavisuk) resta gravé dans les mémoires comme l’un de ses duels les plus éprouvants.
Mis en difficulté par le punch de Chaichana, Nungpichit parvint à contenir les assauts grâce à une technique exceptionnelle, s’imposant de justesse aux points. Il quitta le ring la tête ensanglantée, stigmate d’un coup de coude reçu dans l’ultime reprise, nécessitant une intervention médicale de dix points de suture.
Chaichana était un très grand champion qui a gagné la ceinture du Lumpinee et la ceinture du stadium TV7 en Muay Thai, et plus tard, il est devenu un redoutable combattant en boxe anglaise professionnelle en gagnant le titre IBF des poids coqs pan-pacifiques, un titre qu’il a défendu 11 fois et champion WBC International des poids coqs.
Ces succès en série valurent à Nungpichit l’honneur de disputer le titre prestigieux de champion du Lumpinee.
Le 13 octobre 1995, Nungpichit retrouvait Nungsiam Fairtex pour un quatrième duel, avec pour enjeu la ceinture du Lumpinee en 112 lbs (51 kg).
Nungpichit fit étalage de sa supériorité technique et tactique. Après avoir immobilisé son rival sous la pression de ses coups de genou, il scella le sort du match par un coup de coude précis au front, blessant durement Nungsiam. Cette victoire lui offrit le titre de champion du Lumpinee !
Après avoir conquis la couronne, Nungpichit confirma son nouveau statut en dominant Sod Luknongyangtoy. Il acheva cette année faste par une belle victoire, le 26 décembre, contre le coriace Saenchai Jirakriangrai.
Jomtip Salatan entama l’année 1996 avec une détermination intacte. Il parvint à conserver son titre du Lumpinee lors de quatre défenses victorieuses.
Le 10 février 1996, Nungpichit débuta bien l’année grâce à une défense victorieuse de son titre du Lumpinee face à Sakpaitoon Decharat.
Cependant, le 29 mars, Nungpichit (20 ans) faisait face au jeune prodige Kaolan Kaowichit, seulement âgé de 17 ans. Malgré l’expérience de Nungpichit, l’allonge et l’impact physique de Kaolan firent basculer la rencontre. Au terme de cinq rounds d’une intensité palpitante, Kaolan fut déclaré vainqueur aux points.
À peine deux mois plus tard, Kaolan Kaowichit s’emparait de la ceinture du Lumpinee en 115 lbs en terrassant le légendaire Thongchai Thor Silachai. Kaolan allait devenir une véritable stars des rings, en remportant les titres du Lumpinee en 135 lbs puis en 147 lbs, jusqu’à recevoir la consécration suprême de « Meilleur Boxeur de l’année 1998 » par la prestigieuse Sports Writers Association of Thailand.
Deux mois après son combat contre Kaolan, Nungpichit faisait face à la fougue du féroce Jaranthong Ruamjai Phuean.
Mis en grande difficulté par le travail en corps à corps de Jaranthong, qui dominait nettement les premiers rounds avec ses genoux, Nungpichit sut opérer un ajustement tactique bénéfique.
Dès le troisième round, il reprit l’ascendant en alternant de puissants directs du droit au plexus et des coups de pied circulaires du gauche d’une précision chirurgicale. En accélérant brusquement le rythme, « Jomtip Salatan » fit une nouvelle démonstration de sa suprématie technique, remontant son handicap pour s’imposer aux points.
Le mardi 13 août, Nungpichit confirma sa suprématie dans la catégorie des 112 lbs en mettant sa ceinture en jeu pour la deuxième fois.
Face à Saenkom Sakphanu, le champion livra une prestation sans faille, s’imposant par une décision unanime et sans appel.
Fort de ce succès, il retrouva le 24 septembre son ancien rival, Jaranthong Ruamjai Phuean, pour une troisième défense de titre. Nungpichit fit preuve d’une virtuosité technique éblouissante. Après avoir cueilli son adversaire d’un magnifique coup de pied au visage, il enchaîna avec une série de genoux et de directs foudroyants. Cette victoire éclatante lui permit de conserver sa ceinture du Lumpinee.
Pour clore l’année en apothéose, Nungpichit releva le défi le plus ambitieux de sa carrière, défendre son trône du Lumpinee tout en conquérant le titre de champion du monde WMC en 112 lbs.
Son opposant, Sitthichai Phetbanden (Champion du Lumpinee), représentait un obstacle de taille. C’était un redoutable combattant, l’année précédente, il avait remporté le titre du Lumpinee en 112 lbs en battant la star des rings Thongchai Thor Silachai, le 23 mai 1995.
Mais « Jomtip Salatan » était alors au top de sa forme.
La foudre frappa au deuxième round. D’une précision et d’une puissance rares, les poings de Nungpichit firent la décision avec deux knock-downs successifs sur des crochets parfaitement ajustés avant l’estocade finale. Sitthichai ne se relèvera pas. Par ce KO retentissant, Nungpichit parachevait son règne de 1996, s’affirmant comme Le Champion des 112 lbs !
Le bilan de Nungpichit à la fin de l’année 1996 était de 79 combats pour 52 victoires et 5 matchs nuls. Il s’est imposé comme une figure incontournable des stadiums de Bangkok. Les années 1995 et 1996 représente incontestablement son apogée sportif.
La suite de sa carrière en 1997 fut marquée par un net fléchissement. Après avoir unifié les titres et défendu sa ceinture avec acharnement, Nungpichit ne pas su retrouver une motivation de guerrier…
Le 15 février 1997, le Stadium du Lumpinee accueillait un duel de titans. Nungpichit remettait ses deux couronnes, le titre du stadium du Lumpinee et la ceinture mondiale WMC en jeu face au légendaire Namsaknoi Yudthagarngamtorn.
Ce dernier, fraîchement élu « Meilleur Boxeur de l’année 1996″, par la prestigieuse institution Sports Writers Association of Thailand, était au sommet de son art. Namsaknoi sera aussi élu « Meilleur Boxeur de l’année 1999 » par l’autre grande institution the Sports Authority of Thailand.
Avant même le premier coup de gong, une bataille psychologique inédite s’engagea. Namsaknoi entama son célèbre Ram Muay de « l’Archer », une danse d’une beauté hypnotique réputée pour sa longueur (Prix du Meilleur Ram Muay de l’année en 2001 et en 2006).
Nungpichit décida de défier Namsaknoi sur son propre terrain, il exécuta un Ram Muay d’une élégance rare, symbolisant un boxeur se maquillant avant l’affrontement, et s’arrangea pour terminer son Ram Muay après Namsaknoi. Ce coup d’éclat fit perdre des fortunes aux parieurs qui avaient misé 10 à 20 contre 1 sur le fait que Namsaknoi terminerait son Ram Muay en dernier.
Ce long Ram Muay provoqua un tel retard que la chaîne TV7 dut couper le direct avant la fin du combat. Les téléspectateurs thaïlandais durent attendre le lendemain pour apprendre que, malgré cette joute mentale remportée, Nungpichit s’était incliné aux points face à l’invincible Namsaknoi au terme d’un combat d’une technicité pure…
Le mois d’août 1997 offrit à Nungpichit un dernier succès de prestige avec un KO au troisième round contre Wichan 13 Coins Tower.
Cependant, la suite de l’année allait être difficile face à une concurrence féroce. Avec une défaite aux points le 25 octobre contre Ekachai Or Chaibadan qui venait juste de battre la jeune star montante du moment, Saenchai Sor Kingstar, la future icône du Muay Thai. Ekachai a de nouveau battu Saenchai, juste après son match contre Nungpichit, au mois de novembre, pour le titre du Lumpinee en 112 lbs !
Le dénouement survint le 29 novembre lors d’une nouvelle rencontre face à Nungsiam Fairtex. Pour leur cinquième affrontement, la physionomie fut inversée. Nungsiam toucha Nungpichit avec un direct foudroyant au menton. L’arbitre compta jusqu’à dix sur un champion incapable de retrouver ses esprits. Nungsiam fut déclaré vainqueur par KO au troisième round, prenant ainsi sa revanche sur ses quatre précédentes défaites face à Nungpichit…
Après avoir tutoyé les sommets, Nungpichit a choisi de raccrocher les gants, laissant derrière lui l’empreinte indélébile d’un grand champion des années 90.
Durant cet « Âge d’Or », il a battu les meilleurs de sa catégorie tels que Mongkoldech Sit Daenchai, Weerapong Saksamut, Saenchai Jirakriangrai, Phanphet Muangsurin, Khwanna Tor Boonlert, Phetseenil Sor Ubonrat, Silachai Wor Preecha (Somjit Jongjohor), Pairojnoi Sor Siamchai, Netnarin Fairtex, Donchai Walaphol, Weerapong Saksamut, Chaichana Dechtawee, Ekachai Or Chaibadal, Attisak Sor Nanthana, Nungsiam Fairtex, Saenkeng Sor Weerakul, Sakpaitoon Decharat, Jaranthong Ruamjai Phuean, Saenkom Sakphanu, Sitthichai Phetbanden !
Mais la fin de sa carrière de combattant ne fut que le début d’une mission plus vaste, celle de l’enseignement. Tel un ambassadeur de son art, il a parcouru le globe, de l’Australie au Japon, de la Malaisie à l’Italie.
Aujourd’hui, c’est en France à Paris que cette ancienne star des rings a posé ses valises. Au sein du renommé Skarbowsky Gym du légendaire Chong Skarbowsky, Nungpichit transmet désormais son savoir précieux aux passionnés parisiens !




