Des molécules aux low-kicks : la double vie de Raphaël Blareau alias BlaBlareau au Labo

RAPHAËL BLAREAU ALIAS « BLABLAREAU AU LABO », PROFESSEUR DE CHIMIE, YOUTUBEUR, BOXEUR !
Bonjour Raphaël. Pour commencer, pour ceux qui ne te connaissent pas, peux-tu te présenter brièvement et nous dire comment tu as commencé sur YouTube ?
Je m’appelle Raphaël Blareau.
J’enseigne la chimie en classes préparatoires, et entre deux cours, je m’entraîne et j’enseigne les arts martiaux. En gros, je passe ma vie entre les molécules et les low-kicks.
J’ai commencé à créer des vidéos il y a une dizaine d’années, d’abord dans le but d’aider les étudiants (contenu spécialisé), puis plus tardivement en m’adressant à un public plus large afin de rendre la science et surtout la chimie plus attractive et plus accessible à tous.

Ton nom de chaîne, Bla_blareau_au_labo, est plutôt original. D’où vient ce nom et qu’est-ce qu’il représente pour toi ?
Contraction de Blabla (« on discute ? ») et de Blareau (mon nom) qui donne Blablareau.
Blablareau au labo, c’est un peu la promesse qu’on va parler science sérieusement… sans forcément se prendre au sérieux…
Ta chaîne couvre un large éventail de sujets, des expériences scientifiques aux défis amusants (1 an et demi de douche froide). Comment choisis-tu les sujets de tes vidéos ? Y a-t-il des thèmes qui te tiennent particulièrement à cœur ?
Je pars souvent d’une obsession personnelle. Quand un sujet me hante pendant trois jours, il finit généralement en vidéo.
Ensuite, je choisis également avec d’autres critères : un souhait de cohérence globale sur la chaîne, et bien sûr les envies des abonnés.
Chaine Youtube BlaBlareau au Labo
Quelle est la vidéo dont tu es le plus fier ou qui a eu le plus d’impact selon toi ?
On répète encore aujourd’hui dans énormément de salles de sport des choses scientifiquement fausses sur l’acide lactique (par exemple, s’étirer ou faire de la récupération active dans le but d’éliminer l’acide lactique n’a aucun sens, etc). Donc, démonter ce mythe avec Didier Reiss, c’était presque une mission de service public, alors on l’a fait !
C’était un plaisir et un honneur de faire ce travail avec Didier dont j’admire le travail !
Et cette vidéo a eu un retentissement important sur les réseaux sociaux, aujourd’hui elle est souvent envoyée aux étudiants dans les milieux du sport.
D’ailleurs, on envisage un épisode 2 avec Didier pour faire un état des lieux des connaissances récentes autour du lactate. Et le plus fou, c’est qu’aujourd’hui le lactate est étudié jusque dans le fonctionnement du cerveau, du cancer ou du système immunitaire. On est très loin du simple “déchet musculaire”.
Aurais-tu une petite anecdote qui te serait arrivée en chimie en réalisant une vidéo et en cours ?
En réalisant une vidéo : d’arriver avec un beau cocard sur le tournage à cause de la séance de sparring de la veille !
Donc pendant que les abonnés regardaient tranquillement une vidéo de chimie, moi j’essayais surtout de cacher un œil au beurre noir (et on avait mis la dose de maquillage !).
En cours, il y en a pas mal, mais en rapport à la chaîne je dirai que les étudiants aiment bien sortir de leur contexte des phrases que j’ai dites dans mes vidéos et les écrire au tableau avant que j’arrive ! Comme … « La chimie quantique, ça me fout la trique ! ».

Quel est le processus de création d’une vidéo typique pour toi, de l’idée initiale au montage final ?
Cela dépend vraiment des vidéos.
Certaines vidéos courtes sont faites plutôt spontanément, sans préparation.
Pour les vidéos qui demandent un travail plus important, cela passe par différentes phases et s’étale souvent sur plusieurs mois : écriture du script, relecture par des spécialistes, tournage, montage (je délègue maintenant cette dernière partie, ce qui me libère pas mal de temps !).
Une vidéo de 15 minutes peut facilement représenter des dizaines d’heures de travail invisible.
Quels sont tes youtubeurs préférés et qui t’inspirent ?
En sciences : Scilabus (Viviane Lalande), Science étonnante (David Louapre)
Dans l’entraînement : Training Therapy, Nicolas Ott, ABD podcast (Aurélien Broussal).

Quels sont tes projets ou tes objectifs pour ta chaîne dans les mois ou les années à venir ?
Tant que cela me plait, continuer de développer la chaîne. Je ne manquerai jamais de sujets car la chimie est vraiment partout !
Cette chaine, c’est aussi une formidable opportunité de faire des rencontres ! Par exemple, la plupart des « Youtubeurs » que j’ai cités avant, j’ai la chance de les connaître personnellement, voire même d’avoir fait des vidéos avec eux.
Cela dit, j’observe que plus les années passent, plus je consacre un temps important pour des projets autour des arts martiaux, donc je ferai également en fonction de mes envies personnelles.
Le Muay Thaï

Parlons de Muay Thaï !
Quand et comment as-tu découvert ce sport ?
Je dirai en 2009, juste après avoir passé ma ceinture noire de Kung Fu. Un ami très proche et un frère d’armes, Hadrien Maltcheff, s’entraînant au Team Zeitoun.
Et même si nous ne pratiquions pas les mêmes arts martiaux, on s’entraînait très souvent ensemble. C’est donc naturellement que j’ai été suivre quelques cours chez André Zeitoun à l’époque. Quelle ambiance dans son cours ! On ressort en ayant appris, mais aussi en ayant bien rigolé !
J’ai toujours gardé un excellent souvenir des cours d’André Zeitoun, et puis je l’ai suivi sur YouTube depuis qu’il s’est lancé. C’est d’ailleurs pour cela que comme tu le sais, je l’ai très récemment invité pour un stage de Muay Thaï à Toulouse, c’était génial !

Qu’est-ce qui t’attire le plus dans le Muay Thaï ?
Je trouve que c’est une boxe magnifique ! Elle est à la fois efficace, spectaculaire et très riche techniquement.
Et surtout, quand je pratique cette boxe, je me sens heureux et exactement à ma place !
D’ailleurs, j’ai nommé mon chien Saenchaï !
Qu’est-ce que ce sport t’apporte personnellement ?
Mon chemin martial, à la fois en tant que pratiquant et en tant que professeur d’arts martiaux, se construit autour d’un concept : le Jeet Kune Do (qui signifie « la voie du poing qui intercepte »), développé par Bruce Lee.
Une idée simple dans le Jeet Kune Do, énoncée par Bruce Lee : « Absorbe ce qui t’es utile, rejette ce qui ne l’est pas, ajoute ce qui t’es propre. »
Cela s’applique même au-delà des arts martiaux.
Je dirai que je pratique le Muay Thaï pour trois raisons :
– comme je le disais avant, j’aime cette boxe avec ce qu’elle transporte (sa forme de corps, ses traditions), c’est une sorte de feeling ;
– le Muay Thaï offre des armes très efficaces comme les frappes courtes (coudes, genoux), le corps à corps, des coups de pied très puissants…
– le Muay Thaï offre un terrain expérimental intéressant pour tester, en partie seulement, mon Jeet Kune Do. Elle reste une boxe pieds-poings relativement permissive qui nous confronte au réel.
Je pratique également la boxe birmane (Lethwei), proche du Muay Thaï mais encore plus permissive avec notamment l’utilisation de la tête et d’autres techniques permises.
D’ailleurs, nous sommes 3 instructeurs toulousains (Hyppolite Pagès, Öykü Yildrim) à proposer une fois par mois de petits stages de Lethwei au Toulouse Fight Club Saint-Michel, donc si certaines personnes souhaitent découvrir ce bel art, notre porte est ouverte.
Découvrez le site : www.jkd-toulouse.fr

Je tiens à remercier notre professeur de Lethwei, Christian Willmouth, qui nous apprend énormément et est un formateur exceptionnel !
Comment combines-tu ta pratique du Muay Thaï avec la création de contenu sur YouTube ?
J’ai intérêt à bien m’organiser !
Je dois avouer que je suis plus rigoureux à l’entraînement que pour la création de vidéos.
Est-ce difficile de trouver l’équilibre ?
Oui !
Clairement, quand j’ai choisi de me lancer sur YouTube, j’ai vite compris que j’allais m’amputer d’une grande partie de mon temps libre… Donc aussi du temps et de l’énergie que je ne pouvais plus mettre dans les arts martiaux. C’est un choix parfois frustrant mais que je ne regrette pas.
As-tu déjà fait des combats ?
J’ai commencé assez tard la compétition.
J’ai participé à des opens et des championnats « light contact » (plus ou moins light selon les évènements) : de nombreuses compétitions de Sanshou (combats de Kung Fu) et plus récemment à des championnats de Muay Thaï.
En Muay Thaï, pour le « light », il me semble qu’on devrait plutôt parler d’assauts que de combats.
L’année dernière, j’aurai vraiment aimé aller au plein contact, mais cela n’a pas été possible.
Il me reste un an avant la quarantaine, donc techniquement je suis encore dans ma “prime”, laissez-moi rêver…
Est-ce que tu partages ton expérience du Muay Thaï sur ta chaîne ?
Si oui, comment ?
Ce n’est pas l’objectif initial, mais je l’ai fait l’année dernière à travers deux vidéos.
En particulier celle sur le championnat régional a beaucoup plu, car nous y avons présenté les coulisses : comment j’ai organisé ma préparation, les échanges, quelques sparring à thème, des extraits des oppositions lors du championnat et bien sûr des debriefing sur tout ça !
Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite débuter le Muay Thai ?
Je lui conseillerai d’être régulier mais patient.
C’est un sport exigeant qui demande beaucoup de rigueur technique et d’investissement, mais il ne faut pas être pressé.
Passer du temps pour bien acquérir les fondamentaux permet d’assurer une progression sur le long terme.
Quels sont tes objectifs en Muay Thaï ?
Mes objectifs ne concernent pas que le Muay Thaï mais plus généralement les arts martiaux, puisque j’en pratique plusieurs.
Mais si on s’en tient au Muay Thaï, j’aimerai retourner m’entraîner en Thaïlande, probablement dans un an pour faire ma crise de la quarantaine là-bas. Ensuite, j’aimerai bien faire un ou quelques combats en plein contact. Cela me plairait, mais il faut que j’arrive à lâcher quelques projets qui me prennent beaucoup de temps pour me consacrer à ma préparation.
Est-ce que tu vises la compétition, ou est-ce avant tout une passion ?
Dans mon parcours, la compétition n’est jamais une fin en soi. Je l’envisage plutôt comme une expérience forte dans un parcours martial plus global.
En tout cas, j’aime en faire car cela force à la fois la progression et l’humilité devant nos propres limites.
Et puis, il faut être honnête, je vais sur 40 ans, c’est un peu tard pour espérer aller loin en compétition.
Aujourd’hui, je me focalise davantage sur la progression de mes élèves, c est à leur tour d’y aller !
Pas spécialement en Muay Thai mais plutôt Sanshou et Sanda.
Y a-t-il des techniques ou des aspects du Muay Thaï que tu souhaiterais approfondir ou partager davantage sur ta chaîne ?
J’apprécie particulièrement le corps à corps (pam) et je souhaite continuer de le travailler ! Mais j’apprécie encore plus la version Lethwei qui permet plus de possibilités (coups de tête, projections en passant la hanche…).
Sur ma chaine, ce n’est pas prévu, mais peut être quand je partirai à nouveau m’entrainer en Thaïlande !
Quel est ton meilleur souvenir lié à ta pratique du Muay Thaï ?
L’entraînement en Thaïlande au camp sitsongpeenong ! C’était incroyable !
À la fois l’ambiance, l’intensité, mais aussi le fait de partager des séances ou demi-séances avec les Thaï (j’ai l’impression que cela se fait moins aujourd’hui), c’était très enrichissant.
Quand tu fais un sparring avec Tongchaï, c’est vraiment extra ! Et là, j’étais content qu’il n’appuie pas…

Si tu pouvais remonter le temps, quel conseil te donnerais-tu à tes débuts sur YouTube ou en Muay Thaï ?
Pour YouTube : peut être de simplifier mon process de création, qui demandait trop de temps.
Pour le Muay : passer plus de temps à décortiquer les fondamentaux !
Dans les deux cas, on en revient à trois principes essentiels, que je véhicule d’ailleurs autant que possible aujourd’hui quand j’enseigne le Jeet Kune Do : Fluidité, Éfficacité, Adaptabilité.
As-tu des rituels ou des habitudes spécifiques avant de t’entraîner ?
Je commence toujours ou presque par une petite routine de mobilité, tout en respirant consciemment. Une sorte de manière de préparer le corps et l’esprit avant d’attaquer l’entraînement.
Aurais-tu une petite anecdote en Muay Thaï à nous raconter
Au championnat régional, j’affronte un adversaire dans une opposition au début assez serrée.
En plein combat, j’entends depuis mon coin « Bagarre ! », donc… je saute sur mon adversaire pour lui envoyer des genoux, et lui bien sûr me les rend (d’ailleurs, une clavicule s’en est rappelée longtemps). Lors de l’inter round en revenant dans mon coin, content de moi en plus, mon ami et entraîneur m’engueule un peu… « mais je t’ai dit : NE VAS PAS A LA BAGARRE ! »
Ah !… J’avais négligé la négation… classique ! On en rigole encore aujourd’hui.

Je sais que tu pratiques plusieurs styles d’arts martiaux.
Pourrais-tu nous en parler et lequel préfères-tu en particulier ?
J’en ai pratiqué beaucoup, je dirai que pour moi tout s’est toujours articulé autour du Jeet Kune Do, qui constitue une démarche de recherche continue, sans aboutissement final mais dans laquelle je continue d’avancer. Et ça je pourrai t’en parler pendant des heures !
Bien sûr, notre porte est ouverte à qui veut essayer.
La pratique de sports de combat comme la boxe Thaï ou le Lethwei (je pourrai également citer la boxe anglaise, le MMA…) s’inscrivent dans cette démarche de recherche.
Tu m’avais parlé d’un projet de partir en Thaïlande en immersion et de réaliser une petite vidéo pour partager ton quotidien et tes entraînements. Est-ce que c’est toujours d’actualité ? Ton objectif était de faire un combat au pays du Siam ?
Rien de figé, mais oui ça me plairait beaucoup !
Si cela se fait, ça fera un bon sujet pour ma crise de la quarantaine, donc pour l’été 2027.
Vas-tu organiser d’autres stages ? Toujours en Muay-Thaï ou dans une autre discipline ?
Oui ! J’en organise régulièrement, j’en profite pour te parler du prochain gros projet qui vient.
Avec l’aide d’un ami entraîneur de MMA (Elohan Cheneau), nous organisons une semaine d’immersion martiale l’avant dernière semaine d’août, dans l’ariège. Pour faire simple, c’est un camp d’entraînement (2 entraînements par jour soit 4-5h) couplé à une partie de formation en préparation physique et préparation mentale.
L’idée n’est pas d’enfermer les pratiquants dans une unique discipline mais de balayer et de s’approprier des outils venant de disciplines variées (Kung Fu, boxe anglaise, boxe thaïlandaise, Lethwei, MMA, Jeet Kune Do).
Si certains veulent se joindre à nous, il nous reste quelques places…

Où est-ce que les gens peuvent te suivre en dehors de YouTube ?
Pour la chimie, Blablareau au labo se trouve presque sur tous les réseaux.
Pour les arts martiaux, nous avons des réseaux et notamment la page Instagram jkd_toulouse.

Un dernier mot pour tes abonnés et les personnes qui nous regardent ?
Je pense sincèrement que les arts martiaux peuvent changer une vie.
Pas seulement physiquement, mais aussi dans la manière de gérer le stress, l’échec, la confiance en soi ou le rapport aux autres.
En tout cas, ils ont profondément changé la mienne.
Le Muay Thaï est un très bel art, mais il y en a d’autres, tout le monde peut trouver une pratique qui lui correspond.
Enfin, je tiens à remercier tous ceux qui nous écoutent, nous lisent ou nous regardent pour leur soutien et leur confiance. Et bien sûr, un grand merci à toi pour l’interview !

Raphaël Blareau, alias Bla Blareau au Labo, est un professeur de chimie passionné qui a fait de la vulgarisation scientifique sa marque de fabrique. Enseignant en classes préparatoires aux grandes écoles, il partage son enthousiasme pour la chimie bien au-delà de la salle de classe grâce à ses vidéos, conférences et projets de médiation scientifique.

Avec son style énergique, son sens de la pédagogie et une bonne dose d’humour, il transforme des notions parfois complexes en expériences accessibles, étonnantes et ludiques. Son ambition est simple : montrer que la chimie est partout, qu’elle façonne notre quotidien et qu’elle peut susciter autant de curiosité que d’émerveillement.
À travers BlaBlareau au Labo, Raphaël Blareau inspire chaque année des milliers d’élèves, d’enseignants et de passionnés de sciences. Entre rigueur scientifique, créativité et plaisir de transmettre, il prouve qu’un laboratoire peut être un formidable terrain d’aventures… et que la chimie n’a jamais été aussi vivante.
Site internet: Blablareau-chimie.com
Chaîne YouTube: Blablareau au labo
Chaîne secondaire YouTube: Blablareau au tableau
Instagram: BlaBlareau-au-labo
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