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STÉPHANE NIKIÉMA « DIESEL BLACK » (Carrière 1980-1990)

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Stéphane Nikiéma est sûrement le boxeur pieds et poings européen dont la longévité sur le ring a été la plus grande. En effet, ce champion exceptionnel, auteur de combat d’anthologie, pur nak muay, a combattu durant près de dix sept ans à travers le monde. Ce qui lui a valu beaucoup de considération de la part des boxeurs, surtout en Thaïlande où il est énormément respecté.

Il a été surnommé “DIESEL BLACK” par les thaïlandais qui lui ont attribué ce nom de combattant à cause de sa taille et de sa maîtrise technique des coups de genoux. Aussi, parce qu’il ressemblait au célèbre champion des années 80 “Diesel Noy”.

Stéphane a grandi à Rosny sous Bois dans le 93 (Seine Saint Denis). Sa famille vivait dans l’une des tours de la cité Marnaudes, rue Jean-Mermoz. Il a d’abords fait du Viet Vo Dao (Art martial vietnamien). Puis, en 1983, à l’âge de dix sept ans, il a découvert la boxe thaï au club Belloni Gym de Bagnolet situé Porte de Montreuil.

A l’époque, ce club était l’un des plus réputés avec le Brizon Gym, le Lamy Gym, l’ES Nanterre et le Yamatsuki Gym. Le Belloni Gym était tenu par Gilles Belloni qui est l’un des pionniers du Muay Thai en France avec Jacques Mairesse, Patrick Brizon et Roger Paschy.

Stéphane Nikiéma a donc commencé à bonne école. Dans ce club, il y avait déjà des pointures comme Philippe Cantamessi, François Kapler, Jaid Seddak. Ces champions font partie des premiers français à être aller boxer en Thaïlande dans les années 80.

Stéphane Nikiéma s’est senti tout de suite à l’aise avec cette nouvelle forme de combat qu’est le Muay Thai. Il a rapidement évolué et fait son premier combat en ayant seulement quelques mois de pratique.

Il a rencontré un élève de l’ancien champion Kouider Abdelmoumeni (Autre pionnier de la boxe Thaï). Psychologiquement, ce premier combat l’a marqué. En rentrant aux vestiaires, il voulait carrément arrêter ce sport car il avait le souffle coupé et des douleurs atroces aux jambes. Mais c’est dans les affrontements les plus durs qu’on voit le mental d’un futur champion. Et Stéphane Nikiema s’est avéré être à la hauteur mentalement. Il est devenu champion de France en 1985 avec juste cinq combats dans les pattes !

Son ascension pugilistique a été fulgurante. A la fin de l’année, le 28 décembre, pour son dixième combats seulement, il a disputé un titre de champion d’Europe de boxe Thaï. Âgé de vingt ans, il s’est incliné aux points face à la star du moment, le redoutable hollandais Orlando Wiet.

Stéphane Nikiéma a été le premier champion français à inaugurer la boxe Thaï sur la nouvelle chaîne française « Canal Plus ». En 1986, au Palais des sports de la Porte de Versailles, le match a été retransmis en direct par Canal Plus. Diesel Black a battu par KO, grâce à un superbe coup de genoux, un champion anglais qui venait du Full Contact.

La même année, en direct, devant les caméras de Canal Plus, Stéphane Nikiéma a battu son premier champion thaïlandais.

Il a aussi affronté et battu, chez lui, à Amsterdam, le hollandais Musafer Yamali du célèbre team Mejiro Gym.

En 1987, il est parti en Thaïlande avec son professeur Gilles Belloni. Stéphane Nikiéma a découvert un autre monde. Il n’était pratiquement jamais sortie de son quartier de banlieue.

Au Jocky Gym, le premier camp où il a atterri, ce fut le choc culturel. A cette époque, les boxeurs thaïlandais n’avaient pas l’habitude de voir des étrangers venir s’entraîner dans leurs camps. Encore moins, un “grand black” d’1m90. Ils ont accueilli ces “farangs” (Étrangers) sans vraiment les prendre aux sérieux. Mais un grand respect s’est vite installé entre les boxeurs thaïlandais et Stéphane Nikiéma.

Le Jocky Gym était déjà un camp réputé. Bien qu’il soit situé au nord de la capitale dans le quartier de Bangseu, le camp était très austère. Le quartier de Bangseu n’était pas comme aujourd’hui, les routes n’étaient pas goudronnées et il y avait très peu de bâtiments de construits. Le camp était entouré d’arbres et de végétation abondante. Stéphane Nikiéma s’est directement plongé dans l’ambiance locale, aux sources du Muay Thai authentique.

Le Jocky Gym est devenu son camp de prédilection. Son camp fétiche. Il a perfectionné ses techniques de corps à corps dans ce camp mythique. Il s’est entraîné avec les plus grands champions du moment comme Robert Keannorasing, Patong Jockygym, Noree, Sinnoi, Pornsak, Silapathai, Somrak Khamsing !

Plus tard, avant leurs combats, à l’entraînement, Stéphane a même préparé les deux stars du camp Robert Kaennorasing et Somrak Khamsing. Les thaïlandais aimaient faire du sparring avec lui. Sa morphologie longiligne lui permettait de ne pas se faire trop bousculer durant les rudes séances de corps à corps.

Au début, Stéphane Nikiéma a dormi dans le camp avec les boxeurs. Après de nombreux aller/retour entre la France et le pays du Siam, en 1990, il a loué une petite chambre pendant un an, juste à côté du camp. Un endroit vétuste avec un toit en tôle où la température atteignait 40 degrés en saison chaude !

Sa chambre comprenait juste un petit “phatlom” (Ventilateur) et un matelas à même le sol. Stéphane a vécu à la dur comme les boxeurs thaïlandais. Les cafards géants grouillaient dans la pièce et les moustiques pullulaient près de la lumière. Une nuit, un énorme rat l’a réveillé en lui tirant les cheveux avec sa gueule affamée.

Tous les matins, il se levait à l’aurore pour aller faire un footing interminable à travers les “soï” (ruelle) sombre du quartier de Bangseu. La journée, il s’entraînait au Jocky Gym. Les seules poses de repos qu’il s’accordait était les repas avec les combattants thaïlandais. Comme eux, il dégustait, à la main, avec du riz gluant, des plats épicés qui lui mettaient le feu à la bouche. Ces conditions de vie difficiles ont forgé le mental du guerrier français.

Son premier combat en Thaïlande, il l’a fait en 1989 contre Turbo Kiatisak (Classé n°4 en Thaïlande). Un match effectué dans le fameux stadium d’Omnoï. Le combat a été diffusé en direct sur une télé thaïlandaise. Stéphane Nikiéma a battu le thaïlandais aux points. C’était une grande performance de gagner contre un champion renommé durant les années 80. A cette époque, battre un thaïlandais aux points dans un stadium réputé du pays n’était pas une chose facile.

En Thaïlande, il a combattu aux quatre coins du pays dans pratiquement tous les stadiums. Que ce soit dans la capitale ou aux fins fonds des provinces reculées du royaume de Siam, les rotules de Diesel Black ont marqué beaucoup de boxeurs thaïlandais. Une fois, il a combattu dans une région proche de la frontière du Laos. Un match qu’il a fait devant des centaines de thaïlandais qui voyaient pour la première fois un grand noir dominer leur champion local.

Lorsque le Belloni Gym a fermé, Stéphane Nikiéma s’est inscrit au club Derek Boxing à la Courneuve (93). Un club qui était tenu par deux figures du Muay Thai, les frères Antoine et René Desjardins. Dans cette salle qui commençait à être réputée, il y avait des grands combattants comme Dida Diafat, Joël Cesar, Pascal Scalp, Léon Mendy, Jaid Seddak, Guillaume Kerner. Avec eux, il s’est préparé pour affronter une terreur des rings, le thaïlandais Somsong Kietoranee (Champion du stadium du Radja en 140 lbs).

Le 24 décembre 1989, à Paris, Stéphane Nikiéma a rencontré Somsong. Le champion thaïlandais totalisait 220 combats pour 193 victoires. Il n’était pas très haut pour sa catégorie, il mesurait 1m65, pour un poids de 66 Kg. Ce destructeur des rings était surnommé “le bûcheron”. Ses low kicks de tueur avaient déjà laminé plus d’un champion européen. Stéphane Nikiéma avec ses 21 combats dont 18 victoires ne partait pas favori…

Le combat a été titanesque. Stéphane Nikiéma, beaucoup plus grand, a malmené plusieurs fois le champion thaïlandais avec des terribles séries de coup de genoux. Au final de ce match dantesque, les juges ont donné vainqueur le thaïlandais. La majorité du public avait vu Stéphane Nikiéma remporter la victoire. La déception fut grande pour le champion français. Aussitôt, une revanche fut organisée.

Le match revanche s’est fait à la Halle Carpentier à Paris devant 5000 spectateurs. Somsong, champion du monde en titre des – 68 Kg, a défendu de nouveau sa couronne contre le français. Les deux combattants n’ont pas fait de round d’observation, ils ont tout de suite enclenché les hostilités.

Somsong a constamment avancé sur le français, il a cherché à casser les jambes de Stéphane Nikiéma avec ses puissants low kicks. Le français a répliqué par des séries aux points et des coups de coudes. Il a essayé de saisir le thaïlandais pour placer ses coups de genoux. Ses coups de genoux ont touché durement Somsong. Au troisième round, Somsong a décroché un terrible crochet gauche au foie de son adversaire qui s’est écroulé. Stéphane Nikiéma a perdu la revanche contre le “bûcheron”…

En juin 1991, au Palais des Sports de Nanterre, une grande soirée de Muay Thai a été est organisée par M. Kouider Abdelmoumeni (Entraîneur de l’ES Nanterre). Le combat vedette fut le championnat du monde de boxe Thaï entre Dida Diafat et le thaïlandais Sonnaline. Stéphane Nikiéma a défendu son titre de champion d’Europe face au boxeur local, le champion d’Europe WKA, Farid Rezzag.

Une bataille terrible s’est déroulée durant ce combat entre les deux boxeurs. Farid Rezzag a effectué des enchaînements aux poings très dangereux. Mais il s’est fait dominer en corps à corps par son adversaire. Stéphane Nikiéma a fait le pressing en envoyant carrément des coups de genoux sautés. Stéphane Nikiéma a conservé sa ceinture de champion d’Europe des – 69 Kg !

Au début de l’année 1992, à Bangkok, Stéphane Nikiéma a rencontré l’un des boxeurs les plus coriaces de sa carrière, l’immense champion Changpuek Kiatsongrit (7 fois champion du monde). Cet incroyable encaisseur était surnommé « The Big Elephant ». Durant sa longue carrière, il a affronté des boxeurs beaucoup plus lourds que lui. Comme les champions Rob Kaman, Enersto Hoost, Andy Hug, Peter Smit, Branko Cikatic. Changpuek a battu deux fois le King Rob Kaman !

Le combat s’est fait à égalité de poids entre Stéphane Nikiéma et Changpuek. Un match qui a été retransmis sur les télévisions thaïlandaises. Stéphane Nikiéma, plus longiligne, a utilisé son allonge et tenté de placer ses coups de genoux. Le thaïlandais a encaissé sans broncher les jabs du français. Le troisième round a été d’une rare violence. Au quatrième rounds, Changpuek a effectué un travail de destruction avec ses terribles low kicks. Stéphane Nikiéma s’est blessé à la jambe droite. Il n’arrivait plus à tenir debout et malgré tout son courage, l’arbitre a stoppé le match…

En 1997, Stéphane Nikiéma a retrouvé le champion thaïlandais à Paris pour une revanche. Le monument Changpuek a été mis KO au troisième rounds par Diesel Black !

Le 20 juin 1992, dans la salle des Sports Marcel Cerdan de Levallois, a eu lieu “le combat du siècle” entre les champions Rob Kaman et Jean-Yves Theriault, deux légendes des sports de pieds et poings. La soirée était retransmise en direct sur la chaîne Canal Plus.

En ouverture de ce fabuleux combat, Stéphane Nikiéma a rencontré le multiple champion du monde de Kick Boxing et Full Contact, Mustapha Laksem. Face à cet excellent technicien aux coups de pieds spectaculaires, Stéphane Nikiéma a adopté une boxe typiquement Thaï. Ses genoux ont laminé le champion de Kick Boxing qui a abandonné le combat à la troisième reprises. Le boxeur du Derek Boxing a signé ainsi sa septième victoires d’affilées de l’année !

Le 4 juin 1993, à Paris, au stade Pierre de Coubertin, Stéphane Nikiéma, affûté comme jamais, a défié l’invaincu Krongsak Boranrat. Ce champion exceptionnel totalisait près de 200 combats. Le thaïlandais était un “fimeu” (Technicien) qui savait tout faire sur le ring. Krongsak a battu tout le monde en Europe notamment le légendaire Rob Kaman avec dix kilos d’écarts en sa défaveur !

Stéphane Nikiéma a inquiété Krongsak pour la première fois de sa carrière en Europe. Le thaïlandais a conservé sa ceinture de champion du monde. La décision a été très partagée. Les juges ont donné le gain du combat au champion thaïlandais.

La revanche entre les deux champions a eu lieu six mois plus tard. Le match s’est fait au Palais des Sports Marcel Cerdan de Levallois avec le titre mondial en jeu. L’ambiance était électrique. Stéphane Nikiéma voulait absolument mettre un terme à l’invincibilité du thaïlandais. Ce combat a faire lever tous les spectateurs de la salle. Les deux boxeurs se sont rendus coups pour coups. Un combat de folie. La fin du quatrième round a été violent avec une ouverture au dessus du crâne de Stéphane Nikiéma. Les puissants coups de coudes du thaïlandais ont fait des dégâts. Ce match fut mémorable. Le champion Krongsak a gardé sa précieuse ceinture mondiale.

Le 4 décembre 1994, à Chiang Raï, au nord de la Thaïlande, quatre français ont été invités a rencontré des grands champions thaïlandais. Dany Bill, Guillaume Kerner, Morade Sari et Stéphane Nikiéma ont participé à un gala exceptionnel. En – 72 Kg, Stéphane Nikiéma a affronté le redoutable Nokweed Devy (Champion du Radja en 122 lbs, en 126 lbs et en 130 lbs). Malgré une constante pression de Stéphane Nikiéma, le thaïlandais s’est imposé aux points grâce à son excellent travail au corps à corps.

En 1996, en Australie, dans une salle hostile (Dernier essai nucléaire français), Stéphane Nikiéma a rencontré le boxeur local, Paul “Huricanne” Briggs. Un puncheur à l’anglaise foudroyante qui a été classé N° 2 WBC en poids mi-lourd !

Stéphane Nikiéma a détruit le champion australien avec ses coups de genoux. Il l’a mis KO au deuxième rounds. Toute la salle a été stupéfaite, le français a été sifflé par une large frange du public. Les australiens n’ont pas apprécié qu’un “frenchie” exécute son champion…

En 1996, “Diesel Black” a aussi affronté le champion d’Europe et du monde de boxe Thaï, le polyvalent des sports de combats, Aurélien Duarte. Stéphane Nikiéma a imposé sa boxe typiquement Muay Thai à Aurélien Duarte qui était plus un spécialiste du Kick Boxing. Les rotules endiablées de Stéphane Nikiéma ont fait mal au boxeur du club de Haute Tension. Ce match d’une grande intensité a été remporté par Diesel Black !

A l’Arena de Gagny, le 1er février 1997, dans une soirée organisée par le grand promoteur Sami Khebchi, Stéphane Nikiema “l’ancien” a rencontré le jeune qui montait Moussa Sissoko.

Le show était retransmis sur la chaîne Canal Plus avec en combat vedette la star Jérôme Le Banner contre le champion américain Maurice Smith. Dès le premier round, Stéphane Nikiéma et Moussa Sissoko se sont envoyés des middles et des low kicks à tour de rôle. Moussa Sissoko a été très vaillant. Mais c’est Stéphane Nikiéma qui a fait le combat en touchant souvent avec ses techniques précises de coups de genoux. Au dernier round, Stéphane Nikiéma a fait le pressing en coup de genoux et en coups de poings, “l’ancien” a imposé sa boxe. Les juges ont déclaré un match nul entre ces deux guerriers du Muay Thai.

En Suisse, le 7 juin 1997, durant la “Nuit du K1 Fight”, Stéphane Nikiéma a rencontré le multiple champions du monde Perry Ubeda. Surnommé Mister “Dynamite”, le hollandais était l’un des meilleurs champions mondiaux. Pour ce combat, Stéphane Nikiema a été appelé au pied levé pour remplacer le français Moussa Sissoko. Le titre de champion du monde était en jeu. Face aux techniques de jambes meurtrières du batave, Stéphane Nikiéma a répliqué par sa science du corps à corps et ses fameux coups de genoux. Le match a été très serré et remporté aux points par le hollandais.

Une revanche fut organisée au Palais des Sports de Marseille, le 27 février 1999. Cela été l’un des combats les plus hallucinant de l’année. Un match qui est resté dans les annales du Muay Thai.

Au premier round, Stéphane Nikiema a piqué Perry Ubeda au foie avec un magnifique coup de genoux. Le Hollandais s’est écroulé, il a été compté par l’arbitre. Grâce à son mental de guerrier, le hollandais est revenu dans le combat en sortant ses dangereux High Kicks.

Mais Stéphane Nikiéma n’a plus lâché son adversaire en le martelant avec ses puissants coups de genoux. Au deuxième round, Perry Ubeda, a fait souffrir à son tour, le français. Le troisième round fut mémorable. Stéphane Nikiéma a de nouveau touché durement Pery Ubeda avec un coup de genoux direct. Le batave a été compté pour la deuxième fois. Le hollandais est reparti à la guerre. Les deux champions se sont battus sans temps mort. Le français a fini le round épuisé. Au quatrième round, Pery Ubeda, plus frais, a fait le forcing sur Stéphane Nikiéma qui était éprouvé physiquement. Complètement vidé après cette terrible bataille, Stéphane Nikiéma a subit la fougue du hollandais. L’arbitre a préféré stopper le match. Le public est longtemps resté debout pour acclamer les deux guerriers de ce fantastique combat !

En 1998, à Thiais, Stéphane Nikiéma a combattu contre le surdoué Kengkrai Sor Vorapin. Kengkrai était le champion de Thaïlande en titre. C’était un boxeur technique et puissant. Stéphane Nikiéma et Kengkrai s’étaient déjà affrontés deux fois avec une victoire pour le thaïlandais et un match nul. Le match a bien démarré. Mais suite à un coup de coude meurtrier de Kengkrai, le combat a été stoppé par le médecin de la soirée. Le thaïlandais a occasionné une blessure impressionnante sur le front du français. Stéphane Nikiéma a eu 15 points de suture.

Quelques mois plus tard, à Marseille, Stéphane Nikiéma a prit une éclatante revanche en battant Kengkrai par KO !

Le 5 décembre 1998, à Bangkok, au show de la fête du Roi, Stéphane Nikiéma a sacralisé sa carrière. Il a gagné une ceinture importante de champion du monde contre le numéro 1 de l’époque, le thaïlandais Neungtrakan Por Muang Ubon. Le ministre de la justice thaïlandaise a remis en personne la précieuse ceinture à “Diesel Black”.

Au mois de mai de l’année 1999, le boxeur du Belloni Gym a réalisé le rêve de tout grand champion de Muay Thai. Stéphane Nikiéma a eu l’honneur de disputer une ceinture dans l’un des deux stadiums mythiques du royaume du Muay Thai.

A cette période des années 90, seulement un étranger au monde avait réussi à prendre une ceinture dans un stadium de Bangkok. C’était l’immense champion japonais Toshio Fujiwara. Le 18 mars 1978, au Japon, à Tokyo, Toshio Fujiwara avait gagné la ceinture du stadium du Radja en 135 lbs (- 61 Kg) contre le thaïlandais Mongsawan Ruk Changmai. Toshio Fujiwara est entré dans l’histoire du Muay Thai en devenant le premier étranger au monde à gagner un titre d’un stadium thaïlandais !

Le promoteur parisien Sami Khebchi avait réussi l’incroyable pari d’organiser deux championnats du stadium du Lumpinee avec deux étrangers. Stéphane Nikiéma et Morade Sari ont été les deux élus à avoir l’honneur d’affronter les champions numéro 1 du pays pour le titre du Lumpinee.

Le premier à combattre fut le talentueux Morade Sari qui a fait un combat fabuleux et remporté la ceinture du Lumpinee. Il a battu Somchaï Sor Nantana pour le titre vacant en 140 lbs. Une première dans l’histoire du Muay Thai !

Pour son combat pour le titre du Lumpinee, Stéphane Nikiéma avait fait d’énormes sacrifices pour être au poids de – 67 Kg. Il avait fait un régime drastique en mangeant du riz bouilli tous les jours et effectué un entraînement de spartiate au camp Jocky Gym. Il était prêt physiquement et mentalement. Ce match était la chance de sa vie.

Son adversaire était le coriace Neungtrakan Por Muang Ubon. Stéphane Nikiéma l’avait battu six mois plus tôt. Le combat a été très engagé. Mais c’est le français qui a contrôlé le match en bousculant le thaïlandais.

Au troisième round, Neungtrakan a été complètement débordé, au bord du KO, Stéphane Nikiéma avait terrassé le thaïlandais. A la surprise générale, l’arbitre s’est interposé devant le français. Il a stoppé le combat. Les deux boxeurs ont attendu chacun dans leurs coins. Logiquement, Neungtrakan aurait dû être arrêté après la grêle de coup qu’il venait de recevoir. Mais chose impensable, l’arbitre a stoppé définitivement le combat. Il n’y a eu ni vaincu, ni vainqueur…

Plus tard, les juges thaïlandais ont déclaré officiellement qu’ils avaient opté pour ce combat le verdict d’un “Lom Muay”. Lom Muay signifie que le thaïlandais refusait de combattre correctement ou qu’il aurait été payé pour perdre.

En fait, Neungtrakan était pratiquement KO et perdait son combat. Les représentants officiels thaïlandais ont trouvé une excuse pitoyable afin de ne pas laisser sortir une deuxième ceintures du pays. Et c’est Stéphane Nikiéma qui a fait les frais de cette fierté mal placée. Stéphane Nikiéma a été assommé par cette décision injuste…

Le 5 décembre 1999, lors de la fête du Roi, Stéphane Nikiéma a rencontré le puncheur Dejpitak Sityodtong. Dejpitak était le champion en titre du stadium du Lumpinee en – 67 Kg. Ce champion thaïlandais était très puissant physiquement, ses poings et ses jambes étaient de véritables rouleaux compresseur. Stéphane Nikiéma a fait un grand combat mais s’est incliné aux points face au roc thaïlandais.

En 2000, il a combattu pour une ceinture de champion du monde au Japon. Stéphane Nikiéma a perdu pour le titre mondial contre le phénoménal champion du Lumpinee Orono Por Muang Ubon.

Diesel Black a aussi battu à Macao le légendaire Sagat Petchyindee (Victoire aux points), en Thaïlande, le grand champion Lekmongkong Kietprasongchai (Victoire aux points) et en France, le redoutable Youssop Sor Thanikul (Victoire par KO) !

A 34 ans, après une carrière bien remplie, Stéphane Nikiéma a décidé de raccrocher les gants. Dans sa deuxième patrie, le royaume du Siam, il a créé un magnifique complexe sportif à Pattaya. Un immeuble de quatre étages qui comprenait un complexe de 2000 m2. Au dernier étage, sur une terrasse avec vue sur la mer, il y avait un magnifique camp de Muay Thai. Master Nikiéma était accompagné par des champions de légende, Kaensak Sor Ploenchit et Karuhate Sor Sopawan.

L’idée de Stéphane Nikiéma était de former des français ou d’autres étrangers qui venaient en Thaïlande pour la première fois. Ces boxeurs bénéficiaient des structures adéquates sans la barrière de la langue avec des “Khrou” (Professeur) renommé !

Malheureusement, cette aventure n’a duré qu’un an, Stéphane Nikiéma a dû rentrer en France pour des raisons personnelles.

En France, Stéphane Nikiéma a été pendant longtemps le “coach” de la star des poids lourds français, Jérôme « Géronimo » Le Banner. Ensemble, ils ont vécu des moments intenses au Japon dans le mémorable “Tokyo Dome” !

Quatre ans après avoir stoppé sa carrière, Stéphane Nikiéma a fait un come back sur le ring

Le 5 juin 2004, au Zénith de Paris, le promoteur Sami Khebchi a organisé en Kick Boxing, le show “Grand Tournoi”. En combat vedette, Stéphane Nikiéma a rencontré le “gaucher d’Argenteuil” Morade Sari. Ces deux grands champions étaient amis dans la vie, ils avaient souvent combattu dans les mêmes réunions de boxe. Mais ce soir là, l’amitié fut mise de côté pour faire place à un choc explosif.

Stéphane Nikiéma, après quatre ans d’absence des rings, n’avait pas choisi un combat facile face au chevronné Morade Sari. Morade Sari était toujours actif et au plus haut de sa forme. Dans les règles du Kick Boxing, il avait récemment remporté un tournoi en – 70 Kg. Pour ce match, Stéphane Nikiéma n’avait pas ses deux armes favorites, les coups de genoux et les coups de coudes, qu’importe, il a accepté le défi.

Stéphane Nikiéma a perdu aux points face à Morade Sari qui a été beaucoup plus à l’aise avec ses combinaisons en pieds et poings. Stéphane Nikiéma devait gérer ses automatismes de technique de Muay Thai. Ses coups de genoux voulaient partir constamment. Ce fut un beau match et une grande prestation pour un boxeur qui avoisinait les 39 ans !

“Diesel Black” a ouvert en 2011 son propre camp de Muay Thai en Thaïlande, le Team Nikiéma Muay Thai Academy qui était situé à Pattaya. Durant plusieurs années, il a enseigné son immense savoir au sein de son camp.

Aujourd’hui, Master Nikiéma est professeur dans différents clubs de Muay Thai à Paris.

Le plus grand promoteur thaïlandais M. Songchai Ratanasuban a cité dans une interview dans les années 2000 : « il est plus dur de durer, les trois champions étrangers les plus respectés chez nous sont Rob Kaman, Ramon Dekkers et Stéphane Nikiéma » !

By Serge TRÉFEU