LE WEERASAKRECK GYM ET L’EMPIRE DU MUAY THAI AU PAYS DU SOLEIL LEVANT !

LE WEERASAKRECK GYM ET L’EMPIRE DU MUAY THAI AU PAYS DU SOLEIL LEVANT !
Special report
by Serge TRÉFEU (2026)
L’histoire remarquable de M. Weerasakreck Wongprasert mériterait sans conteste de faire l’objet d’une autobiographie. Parti de rien, il a su bâtir un véritable empire du Muay Thai au pays du Soleil-Levant. À l’image de son ami et associé, le célèbre M. Philippe Wong, qui a fondé aux États-Unis un empire du Muay Thai avec sa marque Fairtex en réalisant le « rêve américain », M. Weerasakreck Wongprasert a, quant à lui, accompli son propre « rêve japonais ».



Né le 9 juin 1967 à Yasothon, en Thaïlande, Weerasakreck Wongprasert se distingue dès ses années de lycée en remportant un championnat de boxe, ce qui fait de lui un espoir olympique prometteur.
ll se tourne ensuite vers le Muay Thai, discipline dans laquelle il s’impose rapidement parmi les meilleurs combattants des deux plus prestigieux stadiums de Bangkok, le Lumpinee et le Ratchadamnoen.
Le palmarès de Weerasakreck Wongprasert en Muay Thai est de 72 combats, dont 57 victoires pour 15 défaites. Au Japon, il reste invaincu en 11 combats.
Lorsqu’il quitte la Thaïlande, il n’emporte avec lui qu’un sac et une modeste somme d’argent.
À son arrivée au pays des samouraïs en 1993, il ne possède que deux jeans Levi’s, un short de Muay Thai et trois t-shirts. C’est tout ce qu’il a en poche en posant pour la première fois le pied sur le sol japonais.
Après avoir pris sa retraite sportive à seulement 20 ans, il entame une nouvelle vie comme entraîneur au Japon. Ses débuts sont particulièrement difficiles, il ne gagne alors que 6 000 yens par mois (environ 60 dollars), un revenu dérisoire, même comparé aux standards thaïlandais.
Pour survivre, il est contraint de cumuler deux emplois. Il travaille sur des chantiers de 8 h à 18 h, puis enchaîne comme entraîneur dans une salle de sport de 18 h à 22 h. Son quotidien est éprouvant, il se lève à 6 h chaque matin, rentre brièvement dîner, puis repart à l’entraînement. Ce rythme intense ne lui laisse aucun jour de repos.
Malgré ces efforts, ses revenus mensuels n’atteignent que 60 000 yens (environ 600 dollars), parfois un peu plus, sans jamais dépasser les 80 000 yens. Arrivé au Japon avec cinq autres Thaïlandais, il voit peu à peu ses compagnons abandonner et rentrer au pays, découragés par la dureté des conditions de vie. Lui, pourtant, choisit de rester.
Weerasakreck Wongprasert n’a jamais abandonné. Il s’est accroché avec détermination. Vivant dans une salle de sport, il n’avait ni loyer ni frais de nourriture à assumer. Sur les 60 000 yens qu’il gagnait chaque mois, il en envoyait 50 000 à ses parents.
Animé par le désir profond d’améliorer leur vie, il a persévéré malgré les nombreuses difficultés rencontrées au Japon. Ses sacrifices ont porté leurs fruits, aujourd’hui, ses parents possèdent trois maisons en Thaïlande.
Pour compléter ses revenus, il décide de remonter sur le ring afin de toucher des primes en plus de son salaire d’entraîneur. Il dispute alors 11 combats… et reste invaincu.
Peu à peu, le bouche-à-oreille commence à faire son effet. Il obtient l’opportunité de donner des cours de Muay Thai dans un centre sportif réputé de Tokyo, où une dizaine de personnes s’inscrivent. C’est ainsi que naît, modestement, sa première école. Il n’en est alors qu’à sa deuxième année au Japon.
Ses tarifs accessibles attirent progressivement de plus en plus d’élèves. Certains souhaitent même s’entraîner quotidiennement. Pourtant, les conditions restent rudimentaires, il ne dispose ni de ring ni de sacs de frappe. Les entraînements se font uniquement avec des gants de frappe.
Face à cet engouement, une évidence s’impose à lui, il doit désormais enseigner dans une salle véritablement équipée pour répondre aux attentes de ses élèves et faire grandir son projet.
Un jour, alors qu’il marchait sans but précis, Weerasakreck Wongprasert passe devant une salle de boxe. Par hasard, il apprend qu’elle ferme en soirée. Saisissant cette opportunité, il propose au propriétaire de la louer entre 17 h et 22 h. Touché par son parcours et ayant lui-même connu des moments difficiles, ce dernier accepte de lui prêter la salle pour 100 000 yens (environ 1 000 dollars). Pour la première fois, Weerasakreck dispose d’un ring et d’un sac de frappe.
Dès lors, son quotidien devient encore plus intense. Il travaille à l’installation d’ascenseurs de 7 h 30 à 16 h 30, puis enchaîne avec ses cours de Muay Thai de 17 h à 22 h.
Mais ses journées ne s’arrêtent pas là. Après ses entraînements, il se rend directement dans un restaurant de grillades où il travaille jusqu’à 3 h du matin. Entre le loyer, l’utilisation de la salle et ses dépenses courantes, il n’a pas d’autre choix que de travailler sans relâche.
Peu à peu, le nombre de ses élèves augmente considérablement. Son succès grandissant finit par rendre ce rythme de vie intenable. Il prend alors une décision difficile, quitter son emploi de nuit pour se consacrer davantage à son activité d’entraîneur.
Malgré cela, il continue de travailler en journée. Pendant deux ans, il cumule son emploi d’ascensoriste et son rôle de coach de Muay Thai. Grâce à cette discipline et à ses sacrifices, il parvient finalement à économiser près de 2 millions de yens (environ 20 000 dollars).
Fort des 2 millions de yens qu’il a économisés, Weerasakreck Wongprasert décide de tout investir dans la salle où il donnait ses cours. Il retire l’ancienne enseigne et en installe une nouvelle, portant fièrement son nom, le « Weerasakreck Muay Thai Gym ». C’est ainsi qu’il ouvre sa toute première salle de sport au Japon.
Mais ce choix audacieux a un prix, il y consacre toutes ses économies et se retrouve sans aucune réserve financière. Bien qu’il soit désormais propriétaire de sa salle, il continue de travailler comme ascensoriste en journée. Faute de temps, il ne peut ouvrir sa salle que le soir.
Malgré ces contraintes, le succès est au rendez-vous. Le nombre d’élèves ne cesse d’augmenter. Face à cette demande croissante, il fait venir des entraîneurs expérimentés de Thaïlande pour l’épauler. Rapidement, il constitue une véritable équipe. Ces entraîneurs vivent même dans la salle, entièrement dédiés à leur pratique et à l’enseignement.
À cette époque, Weerasakreck est l’un des rares à posséder une salle de Muay Thai au Japon. Des passionnés viennent de loin pour s’entraîner sous sa direction, et sa réputation grandit rapidement.
Son ascension attire finalement l’attention de la célèbre marque Fairtex, référence incontournable de la boxe thaï dans les années 1990 en Thaïlande. En devenant son sponsor, Fairtex lui offre un soutien précieux. Grâce à ce partenariat solide, Weerasakreck franchit un nouveau cap et poursuit le développement de son activité.
Weerasakreck Wongprasert poursuit son expansion en construisant progressivement plusieurs salles de boxe dans la banlieue de Tokyo. Ambitieux et visionnaire, il achète des bâtiments qu’il transforme en véritables centres dédiés au Muay Thai, ouvrant ainsi ses salles les unes après les autres.
Pour sa quatrième salle, située à Makuhari, en périphérie de Tokyo, il franchit un nouveau cap en acquérant l’immeuble entier. Ce complexe moderne comprend une vaste salle d’entraînement, mais aussi des logements pour les athlètes et les entraîneurs. À cela s’ajoutent un service de massage thaïlandais et un restaurant thaïlandais, ouverts en février 2010, créant un lieu entièrement dédié à la culture et à l’art de vivre thaïlandais.

Aujourd’hui, Weerasakreck est à la tête d’un véritable réseau, il possède neuf salles de Muay Thai dans la région du Grand Tokyo ainsi que dans le sud du Japon. En 2024, il concrétise un nouveau rêve en ouvrant sa dixième salle en Thaïlande, dans la ville de Nonthaburi, près de Bangkok.



Au fil des années, M. Weerasakreck Wongprasert est devenu une figure incontournable du Muay Thai au Japon. Après une brillante carrière d’entraîneur, il s’impose également comme promoteur. Il crée notamment le célèbre tournoi « M-1 », contribuant à populariser davantage la discipline, et collabore avec les grands promoteurs japonais au sein de la prestigieuse organisation K-1 Japan.


M. Weerasakreck Wongprasert est également devenu un homme d’affaires engagé, mettant une partie de son succès au service de projets humanitaires et culturels en Thaïlande. Il participe notamment à la distribution de vêtements d’occasion aux enfants défavorisés, à la construction d’écoles, ainsi qu’à la rénovation de temples anciens, contribuant ainsi au développement de sa région d’origine.
Son influence grandissante dans le monde des arts martiaux lui vaut d’occuper des fonctions importantes. Il est nommé président de la branche japonaise de la Fédération Mondiale Professionnelle de Muay Thaï (WPMF), ainsi que secrétaire général de la Fédération Mondiale des Arts Martiaux en Asie (WMAF).
En 2015, lors de la cérémonie des Sports Awards à Bangkok, M. Weerasakreck Wongprasert reçoit le Prix du Service Distingué, une reconnaissance prestigieuse saluant son engagement dans le développement du Muay Thai au Japon. Il devient ainsi le premier Thaïlandais à obtenir cette distinction pour son action en faveur de la promotion internationale de la discipline !



Le Weerasakreck Gym, situé à Nonthaburi, est un immense camp d’entraînement de Muay Thai. Il dispose de trois grands rings, d’une cage de MMA, de 25 sacs de frappe, ainsi que d’une équipe composée de cinq entraîneurs renommés.










Le Khru Weerasakreck Wongprasert a préparé un grand nombre de combattants thaïlandais et étrangers, dont plusieurs ont ensuite été amenés à combattre au Japon. Parmi eux figure notamment Yokkisaada Yuthachonburi, ancien champion du Rajadamnern, qui s’est illustré lors de son combat au Japon face à la star japonaise Takeru Segawa en 2019.

Parmi les figures les plus marquantes du Weerasakreck Gym, on retrouve Kongnapa, vainqueur du tournoi K-1 World MAX en -65 kg en 2020, champion du monde Krush en -63 kg en 2018 et champion du monde WPMF en 2015. Il est aujourd’hui entraîneur au sein du Weerasakreck Gym.


Autre nom emblématique, Kaew (Fairtex), triple vainqueur du K-1 World MAX en 2014, 2016 et 2018 dans la catégorie -65 kg, également champion du Lumpinee, champion de Thaïlande et champion du monde WBC, qui s’est ensuite engagé dans l’armée thaïlandaise.


Enfin, Yodkhunphon (Sitmonchai), vainqueur du K-1 World MAX en 2024 en -65 kg et du Top King World Series en -70 kg en 2018, poursuit aujourd’hui sa carrière comme entraîneur au célèbre camp Venum à Pattaya.
Le Weerasakreck Gym compte également des championnes féminines, notamment les combattantes japonaises Yaya Wirasaklek, première championne J-GIRLS des super-mouches, et Kate Wirasaklek, championne M-1 Japon des poids mouches.























