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MATT LUCAS, BOXEUR, ENTRAÎNEUR, MANAGER, JOURNALISTE, COMMENTATEUR SPORTIF, AUTEUR DE LA BIBLE DU MUAY THAI « MUAY THAI – THE COMPLETE INSIDER’S GUIDE TO TRAINING, FIGHTING AND BUSINESS »

Temps de lecture : 11 minutes

MATT LUCAS, BOXEUR, ENTRAÎNEUR, MANAGER, JOURNALISTE, COMMENTATEUR SPORTIF, AUTEUR DE LA BIBLE DU MUAY THAI « MUAY THAI – THE COMPLETE INSIDER’S GUIDE TO TRAINING, FIGHTING AND BUSINESS » !

By Serge TRÉFEU (2026)

Serge TRÉFEU : Bonjour Matt, dans quelle région des États-Unis es-tu né et as-tu grandi ?

MATT LUCAS : Je suis né dans le nord de l’État de New York. Il y avait des vaches, du maïs et des pommiers. Il n’y avait pas beaucoup d’emplois et pas grand-chose à faire. Mon but était de quitter la petite ville de Cobleskill. J’y suis arrivé…

As-tu pratiqué d’autres sports avant de te mettre au Muay Thaï ?

Je ne m’intéressais pas aux arts martiaux étant enfant.

Mon père était un ancien boxeur professionnel, champion des Golden Gloves. Ses vieux gants sont accrochés à la cheminée. Il a combattu deux fois en tant que professionnel et a été mis KO à chaque fois.

J’ai une très mauvaise vue et je n’ai porté des lentilles qu’au début de la vingtaine. J’ai donc longtemps été un peu studieux. Mais je me suis mis au Muay Thaï vers l’âge de 23 ans. Je ne voulais pas de carrière, je ne voulais pas aller à l’université et je ne voulais pas finir alcoolique.

Alors, j’ai commencé à fréquenter une salle de Muay Thaï à Oakland, en Californie, où le destin et quelques choix m’ont conduit dans ce club

Dans la ville où tu as grandi, y avait-il des clubs de boxe Thaï ?

Dans ma ville natale, il n’y avait pas de salles de Muay Thaï.

Dans la région de la baie de San Francisco, il y en avait quelques-unes. Fairtex existait encore, mais périclitait suite au décès d’Alex Gong et à la lente agonie de la direction.

Cependant, de nombreux entraîneurs, comme Bunkerd, Jongsanan et Ganyao, ont déménagé dans d’autres salles de la région. Je m’entraînais au Pacific Ring Sports à Oakland. Coke y était entraîneur de Muay Thaï. Le propriétaire est Mike Regnier

Le Muay Thaï est de plus en plus développé aux États-Unis. Y a-t-il des champions américains qui t’ont inspiré ?

À l’époque où j’ai débuté, Kevin Ross était LA référence dans ce sport.

C’est un Américain pur jus. Il a connu un parcours remarquable compte tenu de son origine, de ses capacités et des opportunités offertes aux étrangers à ce moment-là. Je pense que la plupart des athlètes de ma génération ont été influencés par lui. La photo emblématique de lui avec son mongkol et ses poings tatoués est gravée à jamais dans ma mémoire !

Kevin Ross (Champion WBC Muay Thai USA, Champion WBC Muay Thai International, Champion WMC Intercontinental)

Quels étaient les combattants que tu aimais lorsque tu as débuté ce sport ?

J’étais ami avec beaucoup d’entraîneurs thaïlandais de Fairtex. J’admirais Jongsanan, qui est toujours un bon ami.

Comme beaucoup d’autres, je regardais des tonnes de vidéos et de compilations sur YouTube.

Je me souviens de mon premier combat au stadium Thepprasit en 2007.

Yodsanklai et Naruepol étaient là. J’étais un peu impressionné. Je me souviens de m’entraîner au shadowboxing en les regardant. Ils me paraissaient divins à l’époque. Tous deux participaient à Contender Asia, une émission de télé-réalité de Muay Thaï très populaire, et j’avais vu d’innombrables extraits de leurs meilleurs moments.

À ce moment-là, les combattants thaïlandais me semblaient bien meilleurs que les étrangers. Et pour la plupart, ils l’étaient. Sauf mon adversaire, ce soir-là, qui a abandonné après le premier round. Je pense qu’il en avait marre de l’Américain arrogant et qu’il voulait partir avec l’argent pour sa moto…

As-tu combattu en amateur ou en professionnel ?

J’ai combattu environ 45 fois au total. Une quinzaine de combats professionnels, une quinzaine de combats amateurs et seize en Thaïlande.

J’étais un combattant moyen. J’ai bien commencé, mais j’ai traversé une période difficile en amateur.

C’était surtout du kick boxing. J’étais un Muay Khao (Fort en genoux) et j’avais du mal à m’adapter aux règles. J’ai probablement perdu cinq combats d’affilée. Je me contentais d’avancer sans conviction, sans assez utiliser mes techniques. La pression et les enjeux me semblaient énormes à l’époque.

Je pense que c’est parce que peu de gens combattaient et qu’il n’y avait pas beaucoup de galas. Chaque défaite était vécue comme une véritable humiliation.

Je m’en suis plutôt bien sorti en Thaïlande. Environ neuf victoires et cinq défaites, mais rien de très haut niveau. J’ai combattu pour la première fois en 2007 en Thaïlande. J’ai combattu au Rajadamnern, au MBK, au Max, en Isaan et à Phuket. Partout où je pouvais. Partout où c’était possible.

J’ai acquis une solide expérience, surtout compte tenu de mon âge et des opportunités qui s’offraient à moi.

C’est tellement facile de trouver des combats aujourd’hui pour les étrangers. Il y a tellement de galas et, avec un peu de stratégie, on peut en faire une véritable carrière. C’est la meilleure époque de l’histoire pour être un combattant de Muay Thaï !

Pesée de combat amateur aux États-Unis
C’est au stadium Theprasit de Pattaya que Matt Lucas a fait ses débuts en Thaïlande, sous l’aile du champion du Rajadamnern, Bernueng Topkingboxing
Matt Lucas après son combat dans le mythique Rajadamnern stadium de Bangkok en 2009
Matt Lucas a disputé des combats durs en Thaïlande
Match au MBK Center à Bangkok en 2011
En 2016, Matt Lucas boxait sur les rings des campagnes reculées de l’Isan, au cœur du Nord-Est thaïlandais

En quelle année es-tu venu pour la première fois en Thaïlande ?

Je suis arrivé en Thaïlande pour la première fois en 2007, mais je m’y suis installé en 2016. Cela fait donc plus de dix ans que je vis ici

Dans quels camps de boxe as-tu été t’entraîner en Thaïlande ?

Je me suis entraîné dans différentes salles. À l’époque où j’étais le plus motivé, je m’entraînais à l’Ingram Gym, aujourd’hui fermé. Il appartenait à un expatrié japonais, Hideki Suzuki. J’appréciais son organisation. C’était très rigoureux. Il m’a donné l’opportunité de combattre au Rajadamnern, et je lui en serai toujours reconnaissant.

J’ai ensuite combattu et me suis entraîné au Sitmonchai, au Fighting Spirit, au FA Group et au Fairtex. J’ai aussi fait quelques apparitions dans diverses salles au fil des ans.

On ne réalise l’influence d’un lieu sur soi que des années plus tard

Matt Lucas au camp de boxe Ingram Gym en 2008

Qu’est-ce qui t’a décidé à devenir entraîneur de Muay Thaï ?

J’ai commencé par entraîner dans ma première salle à Oakland, Pacific Ring Sports. Mais je dirais que j’ai surtout entraîné au FA Group Gym. J’y suis resté environ un an, jusqu’à ce que le propriétaire, M. Liam, me demande de l’aide. J’ai créé leur site web et je les ai aidés à gérer les relations avec les étrangers. Je tenais aussi les paos pour les athlètes, j’organisais les combats, j’étais dans le coin. C’était une expérience formidable.

Par exemple, j’ai emmené mon ami Juan au stadium Rajadamnern. On a beaucoup travaillé sa boxe pour son combat. On a enchaîné les combinaisons aux paos. Un rythme effréné. L’objectif était de l’amener à boxer en corps à corps. Il a gagné le combat.

J’ai passé environ un an à ce poste de responsable des relations avec les étrangers

À quel moment as-tu eu l’opportunité de devenir manager de boxeurs ?

Mon expérience au sein du FA Group m’a permis d’acquérir les bases du management. J’ai travaillé avec des athlètes pendant des périodes variables : certaines courtes, d’autres longues. J’ai notamment collaboré avec Brogan Stewart, Nathan Ward, Omar Halaby, Jalill Barnes, Smilla Sundell et Stamp Fairtex

Matt Lucas coach et homme de coin au stadium Max Muay Thai pour le champion américain Nathan Ward
Matt Lucas avec le combattant australien Brogan Stewart
Matt Lucas avec l’équipe du combattant américain Jalill Barnes au stadium Rangsit, à Pathum Thani
Matt Lucas coach avec Smilla Sundell en 2020, bien avant que la championne suedoise devienne une star du ONE (Championne du monde ONE de Muay Thai en – 57 Kg en 2022)

Tu as travaillé pendant un certain temps pour la fédération WBC. Quel était ton rôle au sein de cette organisation mondialement reconnue ?

Je travaille ponctuellement avec la WBC, mais j’ai la chance de collaborer régulièrement sur des projets avec eux.

Je participe à la gestion des réseaux sociaux de la WBC Muay Thai USA. Pour le siège, j’ai travaillé sur divers projets, notamment la gestion des relations médias pour les festivals et séminaires Amazing Muay Thai. Je suis très reconnaissant des opportunités qu’ils m’ont offertes

L’équipe média du WBC en Italie, à Vérone, lors de la tournée spéciale « Amazing Muay Thai »
Matt Lucas avec Serge Tréfeu (Reporteur pour Siamfightmag) à Paris, lors du séminaire « Amazing Muay Thai » organisé par la WBC, l’Office du Tourisme de Thaïlande et l’Autorité des Sports de Thaïlande

Tu es resté longtemps dans le célèbre camp Fairtex à Pattaya. Quelles étaient tes fonctions dans ce prestigieux camp de Muay Thaï ?

J’ai été directeur des relations publiques du centre d’entraînement Fairtex pendant sept ans. Mes fonctions consistaient à gérer et à créer du contenu pour le centre. Je travaillais avec Prem et M. Busarabavonwong

Matt Lucas en compagnie de M. Busarabavonwong, alias Philip Wong, fondateur de l’emblématique marque Fairtex et propriétaire du prestigieux Fairtex Gym
Matt Lucas avec Prem Busarabavonwong, fils de Philip Wong et promoteur de boxe au stadium du Lumpinee
Matt Lucas avec les deux superstars du Fairtex Gym, Smilla Sundell (Championne du monde ONE de Muay Thai) et Stamp Fairtex (Championne du monde ONE de Muay Thai, Championne du monde ONE de Kick Boxing, Championne du monde ONE de MMA)

Tu t’es lié d’amitié avec la star des rings Stamp Fairtex. Peux-tu nous raconter ta rencontre avec cette championne exceptionnelle ?

J’ai rencontré Stamp à ses débuts au ONE, avant même qu’elle ne remporte de ceinture. Je me souviens l’avoir vu au Max Muay Thai. J’ai pris une photo d’elle lors de mon entretien d’embauche chez Fairtex. Ce que tu vois sur les réseaux sociaux reflète parfaitement sa vraie personnalité. Elle est sympa. Elle est très thaïlandaise aussi

Une amitié sincère s’est forgée entre Matt Lucas et Stamp Fairtex, unis par leur amour du Muay Thaï
Matt Lucas avec Stamp Fairtex durant son seminar tour au USA
Matt Lucas et Stamp Fairtex en visite au célèbre Golden Gate Bridge de San Francisco
Démonstration de 10 techniques de Muay Thaï par Stamp Fairtex, assistée de Matt Lucas

Quel souvenir gardes-tu de ton expérience au Fairtex Gym ?

J’en ai plein !

J’ai fait deux combats pour eux. J’ai gagné les deux !

Je me souviens qu’après un combat, M. Wong est venu me voir.

« Matt, j’ai entendu dire que tu as combattu hier soir. Qu’est-ce que tu fais ?

Tu n’es pas un boxeur.» Il ne plaisantait pas.

Les voyages autour du monde avec Stamp et Smilla restent gravés dans ma mémoire, notamment parce que je les ai immortalisés.

Stamp et moi avons passé un mois dans le Colorado. Il a neigé et ses yeux étaient plus grands que la lune quand elle a vu les flocons tomber du ciel. Moi, j’avais juste froid.

Smilla et moi avons traversé le pont de Brooklyn en courant. Nous sommes aussi allées aux studios Universal à Hollywood. Elle adore tester les différents fast-foods aux États-Unis, alors pendant notre tournée de séminaires, on s’est arrêtées dans plein de fast-foods

Matt Lucas tient les paos à Stamp Fairtex lors d’une démonstration pour la conférence de presse de son combat de MMA au ONE Championship, au Colorado
Avec Stamp Fairtex après sa victoire au ONE Fight Night 10 au Colorado. Elle l’a emporté par KO face à la championne américaine de MMA, Alyse Anderson

Tu as aussi interviewé beaucoup de combattants. Quels sont les champions célèbres que tu as rencontrés et lesquels t’ont le plus marqué ?

J’apprécie les combattants encore actifs et passionnés par leur sport. Des personnalités comme Lamnamooon Sor Sumalee, Kru F du Sitjaopho, Chao Fairtex, Chris Forster. Ceux qui ont le Muay Thai dans le sang. Ce sont eux que je préfère

Le célèbre entraineur du Venum Gym, Chris Forster avec le livre de Matt Lucas
Documentaire sur la star des rings Prajanchai PK Saenchai au stadium World Siam à Bangkok

Que penses-tu des combattants étrangers qui combattent aujourd’hui en Thaïlande par rapport à ceux des années 90 ou 2000 ?

Pour les étrangers, c’est le meilleur moment. L’accès est bien plus facile. Je me souviens, quand j’ai voulu venir en Thaïlande, il y avait peut-être trois salles de sport avec un site web. Maintenant, chaque salle, quelle que soit sa taille, en a un, et même un compte Instagram.

De plus, il est beaucoup plus facile de trouver des adversaires adaptés. Avant, c’était la loi de la jungle en Thaïlande. Désormais, il y a des galas plus modestes, comme à Chiang Mai, Hua Hin et dans l’Isaan, où les combattants peuvent monter sur le ring pour la première fois.

Les athlètes étrangers peuvent aussi atteindre le plus haut niveau. Prenez par exemple Dani Rodriguez, Julio Lobo, Jalill Barnes, Xavier Gonzalez, Shannon Gardiner, Marie Ruumer, etc.

Penses-tu que le Muay Thaï est désormais plus connu mondialement qu’il y a 20 ans ?

La boxe thaï est bien plus reconnue à l’échelle mondiale. Les réseaux sociaux ont énormément contribué à son essor. Il est désormais facile de suivre les progrès des combattants et des entraîneurs. Bien que ce sport ne soit pas encore « grand public », il n’est plus un sport de niche

Vas-tu souvent assister à des combats aux stadiums du Rajadamnern et du Lumpinee ?

Oui. En ce moment, je passe plus de temps au Rajadamnern. J’allais très régulièrement aux événements ONE Championship et Lumpinee lorsque je travaillais pour Fairtex. Fairtex, le fournisseur d’équipement, sponsorisait ONE Championship et organisait un événement, Fairtex Fight, au Lumpinee.

J’y ai travaillé comme commentateur principal anglophone pendant trois ans

Photographe au ONE Lumpinee

Que penses-tu de l’organisation ONE Championship ? Estimes-tu qu’elle a bouleversé le Muay Thaï en Thaïlande ?

Je pense que toute chose a deux côtés. Les contrats du ONE sont très restrictifs. Les combats sont à haut risque et très traumatisants. C’est un sport très différent du Muay Thai en stadium, et même différent des autres organisations de combats en trois rounds.

La plupart des athlètes sous contrat ne combattent pas autant qu’on le souhaiterait. Le contrat standard prévoit six combats sur deux ans. Beaucoup de combattants n’atteignent jamais ce nombre.

La structure commerciale de l’entreprise est discutable. Ils n’ont toujours pas dégagé de bénéfices, malgré les affirmations répétées de Chatri Sityodtong année après année. Il est donc difficile de croire en leur pérennité. On dirait qu’ils changent d’investisseur sans grande stabilité.

Et..
On ne peut nier l’influence considérable du ONE sur ce sport. Ils ont propulsé des stars comme Tawanchai, Superbon, Johan Ghazali, Rodtang, Stamp et Smilla. Sans le ONE, ces athlètes auraient-ils connu une carrière aussi brillante ? Oui. Mais le ONE a certainement contribué à les propulser au sommet.

Certains bonus et gains accordés à une poignée d’athlètes triés sur le volet ont changé leur vie. Par exemple, des combattants comme Seksan Or Kwanmuang, Suriyanlek Por Yenying et Rambolek Chor Ajalaboon…

Matt Lucas a réalisé un documentaire sur l’organisation ONE Championship en 2019

Tu as écrit un livre très complet sur les rouages du Muay Thaï en Thaïlande, intitulé « Muay Thai – The Complete Insider’s Guide to Training Fighting and Business ». Comment t’est venue l’idée d’écrire cet ouvrage ? Ce livre est-il destiné uniquement aux personnes qui veulent combattre en Thaïlande, ou s’adresse-t-il aussi à ceux qui souhaitent simplement s’entraîner pour le plaisir ?

Il s’agit de mon troisième livre auto-édité et de mon ouvrage le plus complet.

J’ai d’abord écrit une série de nouvelles liées entre elles sur le Muay Thai, intitulée « The Boxer’s Soliloquy” (Le monologue du boxeur). C’était un projet passionnel, un peu par vanité. Je voulais voir si j’étais capable d’écrire un livre. Et j’y suis arrivé.

Le deuxième livre, “On Fighting in Thailand ”(Combattre en Thaïlande), était un guide court mais facile à lire sur ce sport.

Le dernier est très complet et inclut toutes mes expériences dans le domaine, de l’entraînement aux soins des boxeurs, en passant par la gestion, l’accompagnement des athlètes en tournée et la promotion des salles de sport.

Je ne voulais pas simplement écrire un autre guide. Je souhaitais documenter l’écosystème complet du Muay Thai, des combattants aux promoteurs en passant par le secteur commercial. Montrer les clés du succès. Quelque chose qui m’a tant manqué à mes débuts…

Tu abordes des sujets méconnus du grand public comme les paris, les matchs truqués ou encore l’empoisonnement de boxeurs. As-tu souvent été témoin de ce côté sombre du Muay Thaï ?

Je suis dans le monde du Muay Thaï depuis plus de dix ans et j’en ai vu de toutes les couleurs, du meilleur au pire. Certaines choses sont tellement choquantes que je préfère ne pas les écrire. Mais dans l’ensemble, les gens qui pratiquent ce sport sont de bonnes personnes. Le Muay Thaï est un sport stable. Le côté sombre existe, certes, mais le côté lumineux aussi

Tu décris très bien les difficultés du Muay Thaï féminin à s’imposer dans ce milieu très masculin. Que penses-tu du Muay Thaï féminin actuel comparé à celui des années 2000 ?

Le Muay Thai féminin est meilleur que jamais. Quiconque prétend le contraire n’a pas assez d’expérience. Cela signifie-t-il que les femmes n’ont pas de difficultés dans ce sport ? Non. Il y a toujours moins de combats pour les femmes, et elles font face à de véritables obstacles que les hommes ne connaissent pas.

Les femmes ont aussi d’énormes avantages. L’autopromotion et le marketing sont beaucoup plus faciles pour elles. Cela signifie que davantage de femmes peuvent obtenir des sponsors.

Comme il y a moins d’athlètes parmi les talents disponibles, il peut être plus facile de se démarquer et de progresser si l’on est active et régulière. Je dirais qu’il y a nettement moins de femmes en compétition à chaque niveau. Cela signifie que le nombre d’hommes est plus important, ce qui rend la compétition plus intense.

À l’échelle internationale, la participation à ce sport dans le cadre du fitness est en pleine croissance. Au cours de mes voyages, j’ai vu de nombreuses salles de sport modernes avec 40 % d’élèves féminines. Cela ouvre un véritable marché pour les marques, les équipements et les opportunités de monétisation spécifiques aux femmes.

Des femmes comme Stamp ont su tirer parti de leur statut de femme pour propulser leur carrière et leur sport vers de nouveaux sommets.

De nombreuses organisations et stadiums intègrent également davantage de femmes dans leurs infrastructures. Par exemple, le Lumpinee fait appel à des arbitres et des corners féminines. Pareploy Saeia et Watcharapon sont de formidables modèles. Saosing Sor Sopit a beaucoup apporté à ce sport, tant comme athlète que comme organisatrice de matchs. Je pense que des femmes comme elles méritent d’être davantage mises en lumière

Une partie de ton livre est consacrée à la construction d’une carrière professionnelle. Est-il plus facile de nos jours pour un étranger d’avoir un parcours reconnu à sa juste valeur en Thaïlande ?

Avec l’évolution de ce sport, il est désormais plus facile que jamais d’y faire carrière. On compte de nombreux entraîneurs étrangers : Leo Elias, Renan Cortez, Oli Jenkins, Christofer Forster, etc.

Il y a aussi des propriétaires de salles de sport étrangers : France Watthanaya, Paul Banasiak, Tim Fisher, Mehdi Zatout.

Enfin, de nombreux professionnels des médias et de la promotion travaillent dans le secteur, comme Arran Sirisompan, Johnny Betts, Douglas Malagon, Sarah Gohier, John Wolcott, Rob Cox, etc.

À mon arrivée en Thaïlande, seuls quelques étrangers, Rob, Timo Ruge et Kevin Noone, vivaient de ce sport. Ces dernières années, le secteur a connu une croissance exponentielle. On observe également l’émergence et le départ d’influenceurs

Ton livre est extrêmement complet avec des sujets variés : technique, terminologie, combattants transgenres, rôle du cutman, business… Combien de temps t’a-t-il fallu pour accumuler toutes ces informations précieuses ?

Ce livre est le fruit de dix années de travail acharné dans ce sport. Il est l’aboutissement de tous mes projets et expériences. L’écriture à elle seule m’a pris deux ans

Où peut-on se procurer ton livre ?

Le livre est disponible sur amazon.com dans le monde entier

Quel conseil donnerais-tu à un jeune qui souhaite faire carrière en Thaïlande ?

C’est difficile. Tu devras faire de nombreux choix difficiles. Tu encaisseras des coups durs, physiquement et moralement. Mais si tu persévères et que tu as de la chance, tu peux y arriver.

Si tu veux en faire une carrière, tu dois l’aborder comme n’importe quelle autre. Cela signifie travailler bien et régulièrement pendant longtemps pour te forger une réputation. Je suggère également aux athlètes de commencer à développer leur image de marque. Le moyen le plus simple est de documenter publiquement leur parcours.

Enfin, il est essentiel de se constituer un réseau. C’est un peu un cliché de dire que la valeur d’un réseau, c’est son capital, mais avoir un solide réseau d’autres athlètes, d’entraîneurs et de promoteurs avec qui échanger peut t’aider à éviter les problèmes et à faire progresser ta carrière en général

Penses-tu que le Muay Thaï sera un jour aussi connu mondialement que la boxe anglaise ou le MMA, et que les bourses deviendront aussi importantes ?

Peut-être pas autant, mais certainement très intéressants. On voit déjà des combattants de haut niveau gagner des sommes plus que raisonnables grâce à leurs combats. Sans compter les contrats publicitaires, les partenariats et autres opportunités commerciales qui rendent le métier d’athlète professionnel très lucratif

Aujourd’hui, tu vis toujours en Thaïlande. Quels sont ton métier et tes activités actuelles en lien avec le Muay Thaï ?

Je suis actuellement pigiste dans les médias. J’ai créé une société, « Muay Thai Media Inc. ». Je travaille avec Sitsongpeenong, WBC Muay Thai USA et Ghost, et je réalise des projets avec WBC Muay Thai International. J’ai beaucoup de chance de collaborer avec toutes ces excellentes entreprises et de participer à ces projets. Le chemin n’a pas été facile, mais ça en vaut vraiment la peine

Est ce que tu veux ajouter quelques chose ?

Il y a plus d’opportunités que jamais dans le Muay Thai, mais les mêmes qualités restent les mêmes : la régularité, les relations et l’investissement dans ce sport.

Merci beaucoup pour cette interview. J’apprécie tout le travail que tu as consacré à ce sport, Serge, et j’ai souvent utilisé ton site comme référence

Merci beaucoup pour l’interview et Chookdee pour tes projets !

Matt Lucas est une figure polyvalente du Muay Thaï, ancien combattant professionnel, commentateur emblématique pour la célèbre émission sur les matchs au stadium « Max Muay Thai » de Pattaya, responsable des relations médias du prestigieux centre d’entraînement Fairtex, et journaliste sportif de renom.

Matt Lucas a été commentateur aux côtés du fameux journaliste Rob Cox pour les shows du Max Muay Thai Stadium
Matt Lucas commentateur au Muay Thai show anglais « Rebellion »
Matt Lucas et Arran Sirisompan, les commentateurs du show « Fairtex Fight » au stadium du Lumpinee de Bangkok

En 2014, il a publié son premier livre, « The Boxer’s Soliloquy » (Le monologue du Boxeur). Ce recueil explore les subtilités du Muay Thaï, art martial thaïlandais par excellence, à travers quinze récits. Sur fond de Bangkok brute et d’atmosphère humide dans les salles d’entraînement, ces histoires révèlent progressivement leur véritable profondeur, mettant en lumière la réalité du ring, la brutalité des coups et les liens indéfectibles qui unissent les combattants.


Plus récemment, il y a un peu plus de cinq ans, Matt Lucas a publié son deuxième ouvrage sur la discipline « On Fighting In Thailand » (Combattre en Thaïlande). Cet ouvrage de référence décrypte avec précision les codes du Muay Thaï authentique tel qu’il est pratiqué dans son pays d’origine.


Son nouveau livre, intitulé « Muay Thai – The Complete Insider’s Guide to Training, Fighting and Business » (Muay Thaï – Le Guide Complet de l’Initié : Entraînement, Combat et Business), s’impose comme la référence incontournable pour quiconque souhaite s’immerger pleinement dans l’écosystème thaïlandais.

Nombre de combattants, d’entraîneurs et de passionnés étrangers ignorent les réalités complexes du Muay Thaï dans son pays d’origine. Ce guide complet lève le voile sur les aspects essentiels, les subtilités du système de notation, l’organisation des combats, les critères de choix d’un camp, les différents styles de boxe, ainsi que sur l’univers des paris et les codes culturels de la discipline.

Conçu pour répondre à toutes les questions des pratiquants, cet ouvrage est le fruit de dix années d’immersion totale. Matt Lucas s’appuie sur une décennie d’expérience en Thaïlande, enrichie par de nombreux entretiens avec des boxeurs de renom et des études de cas détaillées.