INTERVIEW DE MEHDI ZATOUT, COACH, COMBATTANT, CHAMPION, MANAGER DU VENUM GYM PATTAYA, L’HOMME AUX MULTIPLES CASQUETTES

INTERVIEW DE MEHDI ZATOUT, COACH, COMBATTANT, CHAMPION, MANAGER DU VENUM GYM PATTAYA, L’HOMME AUX MULTIPLES CASQUETTES !
By Serge TRÉFEU (2026)
Serge TRÉFEU : Bonjour Mehdi, tu vas bien ?
Mehdi ZATOUT : oui, ça va Serge merci
Il y a 17 ans, nous avions fait une interview ensemble pour Siamfightmag sur ta carrière de boxeur. Tu venais de gagner le titre de champion de France. Depuis, tu as effectué de nombreux combats et remporté plusieurs titres. Est-ce que tu peux nous faire un récapitulatif de ta belle carrière de combattant ?
Oui, ça fait un bail (rires)… Alors, j’ai vraiment commencé en amateur. J’ai fait beaucoup de combats dans cette catégorie, plus d’une cinquantaine en Muay Thai.
Ensuite, en professionnel, j’ai disputé les championnats d’Île-de-France et de France, que j’ai remportés à plusieurs reprises.
En 2009, j’ai remporté la ceinture WMC de champion d’Europe contre un Anglais. Puis, en 2013, j’ai gagné le titre mondial ISKA contre un Thaïlandais que j’ai battu par KO, et j’ai également remporté la ceinture mondiale WBC en battant le grand champion thaïlandais Singmanee Kaewsamrit.
Mon dernier titre, je l’ai gagné en 2022 au stadium du Rajadamnern à Bangkok, le titre mondial WBC Diamond


Combien de combats Pros tu as effectué ?
Environ une centaine de combats
Pendant un moment, tu avais raccroché les gants, puis tu es remonté sur le ring ?
En fait, en 2013, quand je suis arrivé en Thaïlande pour m’installer, j’avais décidé d’arrêter ma carrière et de me consacrer au business. En France, les combats ne permettaient pas vraiment d’en vivre ni de préparer une retraite.
Mais en Thaïlande, ça a été difficile, et j’ai dû reprendre les gants et combattre de nouveau en Europe. J’ai disputé des combats très durs. Je me souviens notamment avoir affronté Fabio Pinca, Houcine Bennoui, Liam Harrison, Yetkin Ozkul… J’ai aussi combattu dans les stadiums en Thaïlande…

Après, tu as stoppé ta carrière quelques années ?
Oui, et je suis remonté sur le ring en 2018, directement dans l’organisation ONE Championship. C’était la chose la plus intéressante et excitante pour moi, avec des combats en petits gants de MMA. Comme j’avais une bonne anglaise, ce type de combat me convenait bien


Tu as affronté quelques pointures au ONE ?
Oui, comme les champions thaïlandais Nong-O, Tukkatatong, Capitan, mais aussi Victor Pinto. J’ai disputé mon dernier combat au ONE en 2022 contre un Américain, que j’ai mis KO au premier round


En 2022, au stadium du Radja, tu as remporté le titre mondial WBC Diamond ?
Un titre dont je suis très fier, que j’ai remporté contre le Thaïlandais Sansiri, un grand champion !
Tu avais quel âge quand tu as remporté ce titre ?
J’avais 40 ans…

À 40 ans, remporter un titre mondial en Muay Thai, c’est vraiment une performance incroyable. Finalement, tu as décidé de raccrocher les gants ?
Eh non (rires)… Le ONE m’a proposé un dernier challenge, un combat en boxe anglaise. C’était un rêve pour moi de disputer un match en boxe anglaise…
Tu n’avais jamais combattu en boxe anglaise ?
Non, jamais. En revanche, j’avais beaucoup fait de sparring avec des boxeurs professionnels en France. J’ai toujours bien travaillé l’anglaise avec mon entraîneur Abdel Bedour et, bien sûr, Kamel Jemel.
J’ai donc suivi une préparation spécifique en boxe anglaise pour ce challenge excitant. J’ai combattu au Qatar, dans une cage, avec des gants de 10 oz, ce qui était assez inhabituel pour un match de boxe anglaise. C’était un combat en 3 rounds contre un boxeur professionnel anglais, invaincu en 9 combats. J’ai gagné le match aux points. C’est un super souvenir !


Tu peux nous parler de ton ascension en tant qu’entrepreneur et manager de boxe en Thaïlande ?
Cela s’est fait vraiment étape par étape. J’avais une vision et un projet de réussir à vivre en Thaïlande. Ce n’est pas facile de développer un business là-bas, surtout dans le milieu de la boxe. Mais je voulais gagner ma vie en faisant quelque chose que j’aime, donc c’était forcément dans ce domaine
Tu voulais être entraîneur, ouvrir un camp de boxe ?
Au début, je voulais ouvrir un magasin de vente de matériel de boxe. Comme je travaille dans la production de vêtements depuis tout jeune, j’aime tout ce qui touche à la créativité et à la conception.
Six mois après mon installation en Thaïlande, j’ai été sponsorisé par la marque Venum. Ils m’ont beaucoup aidé à mes débuts. Comme je donnais souvent mon avis sur les équipements et les vêtements, le patron de Venum, Franck Dupuis, m’a proposé un poste à plein temps en Thaïlande pour développer la marque.
C’était quelque chose de totalement nouveau pour moi, mais j’ai saisi cette belle opportunité. Cela m’a apporté une vraie sécurité pour ma famille, avec un salaire mensuel en Thaïlande
Le patron de Venum t’a donc proposé la gérance d’un camp de boxe à Pattaya ?
Non, au début, il n’y avait pas de camp de boxe en 2013, juste un magasin de matériel que j’ai ouvert à mon nom, avec plusieurs marques. Comme j’étais sponsorisé par Venum en tant qu’athlète, je vendais leurs produits tout en donnant mon avis dessus.
Cela a plu au patron de la marque, qui m’a ensuite fait confiance en m’offrant un poste. Les débuts ont été très difficiles en Thaïlande, car j’étais un étranger vendant du matériel de boxe face à une forte concurrence locale.
Ce n’est que trois ans plus tard, en 2016, que nous avons décidé d’ouvrir un camp de boxe avec la marque Venum. J’ai trouvé un emplacement avec le champion Sudsakorn. C’était un lieu tenu par des Français, où ils jouaient à la pétanque, sous un grand dôme


Il n’y avait aucune structure de camp de boxe ?
Non, il n’y avait pratiquement rien, juste un grand dôme. Nous avons tout construit et rénové. Je voulais vraiment créer un beau camp Venum Training afin d’avoir un fort impact pour la marque. Nous avons donc ouvert ce camp avec le champion Sudsakorn et, à la base, il était destiné uniquement à la boxe loisir






Tu n’étais donc pas dans l’optique de former des compétiteurs de haut niveau ?
Non, pas du tout. Mais finalement, le loisir ne fonctionnait pas vraiment, et en 2020, avec le Covid, cela est devenu encore plus compliqué.
J’ai alors compris que le seul moyen de survivre était de s’occuper de boxeurs talentueux pour les propulser sur la scène médiatique du Muay Thai. Je m’occupais déjà de quelques bons combattants comme Samy Sana et Alaverdi Ramazanov.
Cela m’a poussé à créer une véritable équipe de boxeurs professionnels. Au fur et à mesure, j’ai repéré de jeunes talents, et avec de la passion, de la patience et du travail, les résultats ont fini par payer !

À quel moment as-tu commencé à travailler avec l’organisation ONE Championship ?
Juste avant le Covid. J’ai commencé à boxer pour eux, et nous avons fait les premiers combats avec Samy Sana. Ensuite, j’ai réussi à faire signer Alaverdi, Fahdi Khaled et plusieurs autres combattants
Qu’est-ce qui a fait que les dirigeants du ONE t’ont fait confiance pour travailler continuellement avec eux ?
Je pense que les promoteurs du ONE ont apprécié mon investissement et ma passion pour ce sport. Tout s’est fait très rapidement, presque du jour au lendemain. Un jour, un matchmaker du ONE est venu me voir au camp et m’a présenté le promoteur principal de l’organisation, Chatri Sityodtong. Il a aimé ma façon de travailler.
Aujourd’hui, je partage des repas avec Chatri, je suis souvent au téléphone avec lui, et j’en suis très honoré !

Maintenant, tu as une super connexion avec le ONE, qui est actuellement la plus grande organisation mondiale de boxe pieds-poings ?
Exactement. Je pense que c’est parce que je suis fidèle à moi-même. Je suis quelqu’un de droit, je tiens ma parole et j’essaie d’être le plus responsable possible envers mes boxeurs
Quels sont les boxeurs talentueux dont tu t’occupes depuis le début ?
Je m’occupe de Nabil Anane depuis que j’ai ouvert le camp, parce que son père, Yayas, est un ami de longue date. Il m’a laissé prendre en main la carrière de son fils. Nabil avait 12 ans quand il est venu avec moi.
Au début, il s’entraînait au camp Petchrungruang, avant que j’ouvre le Venum Training Camp. Un an après l’ouverture, il est venu me rejoindre. Les premières bases du Muay Thai, il les a apprises avec les Thaïlandais, mais ensuite je l’ai formé, les déplacements, la boxe anglaise, les changements de garde… Malgré sa grande taille, j’ai réussi à lui inculquer toutes ces techniques


Tu as d’autres boxeurs que tu as pris tout jeune ?
Oui, plein d’autres. Yonis, le petit frère de Nabil, boxe maintenant au ONE et devient de plus en plus connu. J’ai aussi mon neveu Yanis, très prometteur, qui a déjà une quarantaine de combats. Et mon fils, bien sûr, représente la nouvelle génération.
J’ai tellement de boxeurs aujourd’hui que j’ai du mal à comprendre comment tout cela est arrivé…

Combien as-tu de combattants professionnels maintenant ?
Nous avons dans l’équipe 70 boxeurs professionnels !

Le Venum Gym est devenu plus important que le plus gros camp de Pattaya, le Fairtex Gym ?
En termes de combattants pros, oui. Je pense que nous fournissons plus de boxeurs qu’eux

Tous les vendredis tu es à Bangkok au ONE Lumpinee ?
Oui (rires), c’est devenu ma routine… et même le samedi !
Est-ce que tu fais aussi combattre tes boxeurs dans le circuit RWS au stadium du Radja de Bangkok ?
Mes boxeurs peuvent combattre au RWS, je laisse le choix à l’athlète. J’essaie de procéder de manière méthodique, par exemple, un boxeur puriste de Muay Thai, clincheur, Muay Khao (fort aux genoux), sera orienté vers le circuit RWS.
En revanche, un striker avec un gros cœur sera plutôt envoyé au ONE Championship


J’ai l’impression que maintenant le ONE revient vers des matchs plus techniques en Muay Thai, par rapport aux combats où la boxe anglaise était beaucoup plus mise en avant ?
Cela dépend des fights et des oppositions. Mais le ONE Championship reste toujours un événement très spectaculaire à regarder.
Je sais qu’en France, le ONE est souvent critiqué, mais regarde, pour le prochain ONE en mars, il y a des places qui se vendent à 15 000 bahts (environ 400 €) et tout est complet !
Au Japon, c’est encore pire, les billets se vendent à prix d’or. Jamais on n’aurait vu ça en Europe ou ailleurs. Grâce au ONE, le Muay Thai se développe à l’international.
Le Muay Thai s’est globalisé, notamment grâce au ONE, mais aussi grâce au RWS, qui fait un travail énorme avec ses tournois
C’est vrai qu’aujourd’hui, des combattants comme Nabil ont des bourses qu’aucun grand champion des années 80, 90 ou 2000 n’aurait pu toucher ?
Exactement !
C’est même difficile à imaginer pour les boxeurs de ces époques de recevoir de telles sommes en Muay Thai
Les combats au ONE sont aussi très violents. Les combattants de cette organisation ne pourront pas avoir des carrières aussi longues que dans les circuits classiques ?
Oui, le Muay Thai est déjà un sport très exigeant, mais au ONE, c’est encore plus brutal. L’impact sur le corps avec les gants de MMA est énorme.
C’est pour cela que cette discipline devrait être davantage reconnue. Les combattants du ONE devraient avoir un niveau de rémunération comparable à celui des athlètes de l’UFC ou des grandes organisations de boxe anglaise
Il y a déjà quelques stars du ONE qui touchent de belles sommes comme Tawanchai, Superlek, Rodtang, Superbon, Haggerty, Stamp ?
C’est vrai, mais nous sommes encore loin des bourses de l’UFC ou de la boxe anglaise. Cependant, on s’en rapproche un peu.
Par exemple, la star japonaise Takeru Segawa, en Kickboxing, pour son combat contre Superlek au ONE 165, a reçu une bourse d’un million de dollars !
Rodtang, lui, touche maintenant des bourses de 500 000 dollars, c’est incroyable !
Cela commence à s’approcher des bourses des champions mondiaux de boxe anglaise ?
On a encore beaucoup de chemin à parcourir. La dernière fois, il y a eu une comparaison entre les bourses des combattants de l’UFC et celles des champions de boxe anglaise.
Ils ont pris les bourses des cinq combattants UFC qui figuraient en Main Event, et cumulées, elles atteignaient environ 6 millions de dollars, mais ces cinq bourses ne dépassaient même pas celle d’une seule star de la boxe anglaise, qui peut toucher entre 10 et 15 millions de dollars !
On va terminer cette interview, Mehdi, par le prochain combat de ton petit protégé Nabil Anane. Il va affronter Rambolek pour le titre mondial du ONE. Tu peux nous en parler ?
Oui, Nabil remet son titre en jeu. Nous avions remporté le titre intérimaire du ONE l’année dernière contre l’Écossais Nico Carillo.
Ensuite, Nabil a affronté Superlek pour le titre mondial Muay Thai du ONE. Malgré le petit incident avec Superlek, qui n’a pas respecté la limite de poids de 66,3 kg et a été déchu de son titre, le combat a donc été transformé en affrontement sans titre en trois rounds. Mais officiellement, nous avons néanmoins obtenu le titre mondial ONE.
Après cela, Nabil a enchaîné deux combats au ONE sans titre en jeu. Quand ils nous ont proposé Rambolek, qui venait de battre Abdulla Dayakaev (mon boxeur) sur un coup au corps alors qu’il perdait le combat, nous avons vu là une belle revanche. Donc, pour ce match, le titre mondial du ONE sera en jeu.
Dans la même soirée, mon autre boxeur prometteur, Asadula Imangazaliev, combattra également pour le titre mondial ONE en –63,5 kg contre Nong O !
Est-ce qu’on aura un jour la chance de voir Nabil ou Asadula combattre dans une organisation en France ?
Écoute, je te donne un petit scoop, nous sommes en pourparlers avec Chatri et cela s’annonce très bien. C’est positif, et je pense que cette année, peut-être en fin d’année, le ONE pourrait venir à Paris !
Merci beaucoup Mehdi et bravo pour tout ce que tu as créé et entrepris en Thaïlande !
Merci à toi, Serge !

La Team Venum Gym est aujourd’hui devenue l’une des structures les plus prolifiques de Thaïlande en matière de combattants professionnels de haut niveau.
Parti de rien, le self-made man Mehdi Zatout, véritable maestro, a su créer un camp de renom. On y a d’abord vu passer certains des meilleurs combattants français issus de grandes équipes tels que le Mahmoudi Gym avec Elias Mahmoudi et Brice Delval, le Phénix Gym avec Samy Sana, ou encore le Nas-R-K Gym de Nasser Kacem avec Karim Bennoui, Yohan Lidon et aujourd’hui Antar Kacem, devenu l’un des grands combattants du ONE Championship.
On peut également citer des représentants de la Team Bilos comme Bobo Sacko et Mehdi Zeghdane, ainsi que la Team Valente, sans oublier d’autres grands noms tels que l’ancienne gloire des rings Kamel Jemel, les champions Aziz Hlali, Adam Noi et Bampara Kouyate, ou encore la superstar russe Chingiz Allazov.
Les stars thaïlandaises Sudsakorn, Sittichai, Tawanchai, Wanmawin, Petpanomrung et Por Tor Tor ont également représenté cette prestigieuse team !
Mais la grande force de la Team Venum réside dans sa diversité internationale. Elle regroupe des combattants venus du monde entier, Iran, Turquie, Maroc, Algérie, France, Tunisie, Slovaquie, Azerbaïdjan, Russie, Brésil… Tous cherchent à intégrer le circuit Venum, attirés par les connexions exceptionnelles du Khru Mehdi Zatout et le sérieux d’un staff d’entraîneurs très compétents. Parmi eux, on retrouve des figures reconnues comme Chris Forster, Dimitri Cerberes, ainsi que des entraîneurs thaïlandais expérimentés.



Aujourd’hui, la Team Venum compte une véritable pléiade de champions, dont trois grandes stars du ONE Championship :
Nabil Anane, champion ONE en muay thaï, élu Meilleur combattant non traditionnel de l’année 2025. Il a malheureusement perdu son titre face à Rambolek, mais ce surdoué des rings ne devrait pas tarder à le récupérer.

La phénoménale Phetjeeja, championne ONE de kick-boxing en –52 kg, toujours invaincue dans l’organisation.

Et le nouveau prodige des rings, Asadula Imangazaliev, qui vient de décrocher le titre mondial ONE en muay thaï en atomisant au premier round le légendaire Nong-O !



Sans oublier, le champion iranien Sajad Sattari qui a remporté la ceinture du prestigieux stadium du Radja en 2023, il est devenu le premier combattant du Moyen-Orient a remporter un titre d’un grand stadium de Bangkok !





