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LE CAMP THOR CHALERMCHAI

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LE CAMP THOR CHALERMCHAI

Special report by Serge TREFEU (2011)

 

Ce camp a été fondé par M. Phutpantung Chalermchai, un militaire au passé sulfureux qui occupe un poste important au sein de l’armée thaïlandaise à Bangkok. Le Thor Chalermchai existe depuis 25 ans et se situe dans le quartier de Wang Thong Lang, à Bangkok, juste avant l’ambassade du Cambodge.
L’entrée de ce camp est particulièrement difficile à repérer, car il est dissimulé derrière un immeuble. Pour y accéder, il faut littéralement traverser un restaurant ou passer sous le porche du bâtiment. Ces deux passages permettent de déboucher sur l’immense cour intérieure du Thor Chalermchai.

Le camp est particulièrement vétuste et plutôt insalubre. Ici, les conditions d’entraînement des nakmuays sont très rudes. Malgré tout, l’endroit bénéficie d’une bonne aération et son vaste ring permet à plusieurs boxeurs de s’entraîner simultanément.
En revanche, les quatre sacs de frappe ont largement souffert des milliers de coups de tibia encaissés quotidiennement, tandis que les tapis de sol sont complètement rongés par l’humidité. Le Thor Chalermchai offre ainsi un cadre d’entraînement rudimentaire, loin du confort des camps modernes, où les boxeurs doivent s’endurcir dans des conditions particulièrement difficiles.

Les quelque quinze boxeurs du camp dorment dans un bâtiment situé juste en face du gym. À l’étage, plusieurs chambres sommaires sont aménagées, équipées d’un simple ventilateur. Mais pratiquement aucun nakmuay ne souhaite y passer la nuit. En cause, les moustiques qui envahissent les chambres à la tombée du jour et s’acharnent sur les boxeurs jusqu’au petit matin.
Pour échapper à ce véritable supplice, les combattants préfèrent se regrouper dans la grande pièce du rez-de-chaussée, où les moustiques sont moins nombreux grâce à la présence de la climatisation. Mais le confort reste très rudimentaire : la pièce ne dispose d’aucun éclairage et, le soir, certains boxeurs sont obligés d’utiliser la flamme de leur briquet pour retrouver leurs affaires !
La promiscuité est également extrême. Les nakmuays dorment presque les uns sur les autres, allongés sur de minces matelas posés à même le sol. Des conditions de vie particulièrement spartiates, qui témoignent du quotidien difficile de ces combattants.

L’entraînement au Thor Chalermchai compte parmi les plus éprouvants de Bangkok. Les combattants commencent leur journée très tôt par un premier footing de plus de 15 kilomètres, une distance qui peut parfois atteindre les 20 kilomètres !
L’après-midi, ils remettent ça avec une nouvelle course de 15 kilomètres. Ici, pas question de flancher en chemin : un entraîneur suit les nakmuays à moto et surveille leur effort en permanence pour s’assurer qu’aucun ne relâche la cadence !
Ces longues courses quotidiennes mettent les organismes à rude épreuve et sollicitent énormément les muscles. C’est pourquoi, après chaque entraînement, les boxeurs effectuent une longue séance d’étirements afin de détendre leurs muscles et de favoriser leur récupération.

Au Thor Chalermchai, l’entraînement de l’après-midi débute à 14 heures précises, soit beaucoup plus tôt que dans la plupart des camps de Bangkok, où les séances commencent généralement vers 15 h 30 ou 16 heures.
Cette particularité s’explique par le fait que les boxeurs du camp combattent régulièrement au stadium de la TV7, dont les réunions débutent à 13 heures. Habitués à cet horaire de combat, les nakmuays suivent donc un programme d’entraînement adapté à ce rythme particulier.
La séance se termine généralement vers 17 h 30, voire 18 heures. Le travail en corps à corps n’est pas particulièrement long : il dure environ 35 minutes. En revanche, en période de préparation au combat, la séance aux paos devient un véritable supplice ! Les boxeurs doivent enchaîner 30 minutes de travail intensif, sans temps mort ni la moindre minute de repos. Un effort éprouvant qui exige une condition physique exceptionnelle et un mental d’acier.

Le Thor Chalermchai est un camp spécialisé dans le travail des coups de coude et des genoux, deux armes redoutables du Muay Thai traditionnel. Les nakmuays y consacrent une grande partie de leur entraînement quotidien afin de perfectionner ces techniques de combat rapproché, particulièrement efficaces sur le ring.
Les boxeurs du camp combattent majoritairement pour le promoteur Chun Kiatpetch, co-propriétaire du stadium TV7, où ils se produisent régulièrement. Ils peuvent également être engagés à l’occasion sur les événements organisés par Petchyindee, l’un des grands promoteurs du stadium du Lumpinee.

Il y a une dizaine d’années, le Thor Chalermchai a connu de belles heures de gloire grâce à plusieurs champions qui ont marqué l’histoire du camp. Parmi eux figuraient Sayiamchai Thor Chalermchai, Kwanjai Thor Chalermchai et Omsap Thor Chalermchai, tous trois sacrés champions du stadium d’Omnoi.
Aujourd’hui, la grande vedette du camp est Superbon Lukjaomaesaiwaree, un redoutable champion originaire du sud de la Thaïlande, dans la province de Phatthalung. Présent au Thor Chalermchai depuis 2008, il s’est forgé une solide réputation en battant plusieurs pointures du Muay Thai, parmi lesquelles Sarawut Lookbanyai, Keaw Fairtex, Phetmankong Phetfergus et Singdam Kiatmuu9, ce dernier ayant notamment été champion de Thaïlande en 135 livres. Superbon figure actuellement au sommet de la hiérarchie thaïlandaise, avec la première place au stadium du Lumpinee et le statut de numéro un en Thaïlande dans la catégorie des 140 livres.
Autre prodige du camp, le jeune Yedgoen Thor Chalermchai s’est illustré en remportant le titre de champion du Lumpinee en 105 livres. Véritable muay mat, un style de combattant réputé pour sa puissance de frappe aux poings, il brille également en boxe anglaise, où il détient le titre de champion intercontinental WBC. Un grand rendez-vous international l’attend prochainement, avec un combat annoncé face au Japonais Kazuto Ioka pour le titre mondial WBC de boxe anglaise.
Le Thor Chalermchai compte aussi d’autres excellents combattants, à l’image de Yodrak Thor Chalermchai, champion du stadium TV7 en 135 livres, et de Linglom Thor Chalermchai, sacré champion du stadium Rajadamnern en 108 livres. Autant de champions qui témoignent de la capacité de ce camp de Bangkok à former des nakmuays capables de s’imposer sur les rings les plus prestigieux de Thaïlande.

Il faut également citer le redoutable Thuanthong Phumphanmuang, aujourd’hui connu sous le nom de Songniyom Phumphanmuang. Ancien pensionnaire du camp Lukbanyai, ce combattant expérimenté a rejoint le Thor Chalermchai il y a seulement quelques mois.
Au cours de sa carrière, Thuanthong s’est illustré face à plusieurs grands noms du Muay Thai, en remportant notamment des victoires contre Ledsila Chumpaetour, Samranchai 96 Peenang, Yutthajak Kaewsamrit et Orono Wor Phetpoon. Il a également fait match nul contre des champions de renom comme Phetmankong Phetfergus et Sittichai Sitsongpeenong.
Le Thaïlandais a aussi croisé à deux reprises les gants avec le champion français Cédric Muller. Leur confrontation s’est soldée par une victoire chacun, avec notamment une défaite de Thuanthong lors d’un combat où le titre de champion du monde WAKO était en jeu.

L’entraîneur principal du Thor Chalermchai est Nueapatapi Sitkun, un ancien champion issu du camp Kiatpetch. Avant de rejoindre le Thor Chalermchai, il officiait au camp Lukbanyai, un lieu mythique du Muay Thai qui a servi de décor au film Chookdee, tourné par le champion Dida Diafat. Nueapatapi a d’ailleurs participé au tournage en interprétant plusieurs scènes importantes, notamment un combat face à Dida.
Reconnu comme l’un des meilleurs entraîneurs de Bangkok, Nueapatapi a formé de nombreux champions au cours de sa carrière. Parmi eux figure son propre fils, Jaosarn, qui a décroché le titre de champion du stadium TV7 dans la catégorie des 127 livres !

Quant au manager du camp, Paball Lookporkun, il ne passe pas inaperçu avec son look atypique !

Grand amateur de musique country, il est également une figure bien connue du milieu du Muay Thai thaïlandais. Un personnage haut en couleur qui contribue à donner au Thor Chalermchai une identité bien particulière.

Très peu d’étrangers ont eu l’occasion de s’entraîner au Thor Chalermchai. Jusqu’à présent, seuls trois combattants étrangers, un Américain, un Français et un Coréen, ont franchi les portes de ce camp atypique de Bangkok pour y effectuer quelques séances d’entraînement.

L’étranger qui a séjourné le plus longtemps au Thor Chalermchai est le Français Tony Fiorelli. Il y a passé plus d’un mois et a défendu les couleurs du camp à deux reprises sur le ring, remportant ses deux combats avec succès.
Les étrangers sont les bienvenus au Thor Chalermchai, et l’entraînement leur est même proposé gratuitement. Le camp peut également assurer leur hébergement et leurs repas, dans des conditions de vie à la thaïlandaise, particulièrement sommaires. En contrepartie, les combattants doivent accepter de monter sur le ring sous les couleurs du camp et obtenir de bons résultats.
Mais attention, le Thor Chalermchai n’est pas un camp pour tout le monde !
Les conditions de vie y sont extrêmement rudes et l’entraînement particulièrement exigeant. Pour s’adapter au quotidien de ce gym atypique de Bangkok, il faut posséder un mental de guerrier, une détermination à toute épreuve et une véritable capacité à endurer les difficultés. Ici, la vie de nakmuay se mérite chaque jour, aussi bien à l’entraînement que dans les conditions spartiates du quotidien.